Fléau Social : Le Binge Drinking | Biture Express

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Binge Drinking - 2

 

Le Binge Drinking | Biture Express

 

 

Le Dr Georges Picherot dirige le service des urgences pédiatriques du CHU de Nantes. Depuis cinq ans, il constate une hausse inquiétante des cas d’hospitalisation de jeunes adolescents pour des problèmes liés à l’alcool.

 

Le phénomène du « binge drinking » est-il de plus en plus fréquent chez les jeunes adolescents ?

Aux urgences pédiatriques, qui accueillent les moins de 16 ans, nous recevons de plus en plus de jeunes en état d’ivresse aigüe. Ces derniers temps, c’est chaque semaine. Des adolescents très jeunes, parfois dès dix ans. Cela dit, attention à ne pas dramatiser, il ne faut pas en déduire que tous les adolescents sont alcooliques.

 

Est-ce vraiment nouveau ?

Le binge-drinking, phénomène bien connu des pays anglo-saxons et nordiques, est en France relativement récent.

En 2002, quand nous avons constaté que ce problème prenait de l’ampleur, nous avons suivi un groupe de 70 adolescents admis aux urgences. Leur comportement vis-à-vis de l’alcool présentait certaines caractéristiques distinctes de l’alcoolisation des plus de 16 ans. Ces adolescents « alcoolo-défoncés » étaient généralement retrouvés en état de coma éthylique sur la voie publique, en milieu d’après-midi – contrairement à leurs aînés qui consomment le soir –, et nous étaient amenés par les pompiers. Ils avaient entre 12 et 16 ans et leur taux d’alcool dans le sang pouvait aller jusqu’à 2,20 grammes, ce qui est considérable.

Ils buvaient par petits groupes de trois ou quatre, hors des lieux festifs. Généralement dans des jardins publics, ou chez l’un d’eux en l’absence des parents. Avec une prédilection pour les alcools très forts, comme le whisky ou la vodka, qui sont plutôt des « alcools d’adultes ». Ils buvaient vite et beaucoup, le but étant d’atteindre une ivresse rapide, la « cuite ».

 

Cela touche-t-il tous les milieux sociaux ?

Oui, même si dans le groupe que nous avons observé il y avait une surreprésentation des parents déjà confrontés à des problèmes d’alcool. Le binge-drinking concerne aussi un peu plus les garçons que les filles, mais depuis quelques années on constate un « rattrapage » des filles.

 

Binge Drinking - 1

 

Comment expliquez-vous ce besoin de « boire pour la défonce » ?

Quand en 2002 nous avons cherché à alerter sur la hausse inquiétante de ce phénomène, les adultes ont plutôt minimisé le problème en l’interprétant comme quelque chose de festif, une sorte de rite initiatique.

En France, contrairement aux pays nordiques ou anglo-saxons, où le binge-driking reste beaucoup plus fréquent que chez nous, l’alcool garde une dimension familiale.

 

Il est plus difficile d’aborder les problèmes liés à l’alcool que ceux liés à la drogue ou au tabac.

 

Pourtant, dans le cas des adolescents que nous prenons en charge aux urgences, le binge drinking répond quasi-systématiquement à une situation de détresse. Celle-ci peut venir d’un événement précis ou d’un mal-être plus chronique.

Pendant les quarante-huit heures d’hospitalisation, nous effectuons un bilan médical, psychologique, scolaire et social qui nous permet de repérer les situations difficiles.

Parfois la détresse est visible, plus ou moins repérée par les parents, mais il arrive que des adolescents en viennent à une alcoolisation extrêmement forte alors qu’ils n’ont visiblement pas de problème par ailleurs.

 

A group of girls drinking. Lineker's Bar, Playa de las Américas. Tenerife, Canary Islands. 2007

 

Quels sont les risques ?

Outre le coma éthylique, le risque accidentel est énorme, et pas seulement sur la route. Lorsqu’ils sont alcoolisés, les adolescents perdent le contrôle et peuvent se mettre en situation de danger.

Par exemple, à Nantes, nous avons eu des cas d’ados qui sont tombés dans le port sous l’effet de l’alcool et se sont noyés.

Un adolescent alcoolisé peut aussi devenir agressif.

Dans le même temps, il n’est plus capable de se protéger face aux agressions. Si bien qu’il y a un grave risque de violences sexuelles. Dans le groupe que nous avons observé, deux adolescentes avaient subi des viols.

A moyen terme, les ivresses répétées peuvent avoir des conséquences sur le plan cognitif, l’alcool étant un neuro-toxique :

  • Troubles de la mémoire.
  • Troubles du comportement.

 

Les conséquences sont aussi sociales : ces ados perdent pied, délaissent leur scolarité…

Enfin, à long terme, si aucune étude ne permet de dire que le binge-drinking répété entraînera une dépendance à l’alcool, il est en revanche certain que…

 

…plus la consommation d’alcool est précoce, plus le risque de dépendance dix ans après est élevé.

 

Dans quelle mesure l’interdiction de la vente d’alcool aux mineurs et des open bars, comme le propose Roselyne Bachelot, peut-elle être une solution ?

C’est indéniablement un pas en avant. Cela permettra sans doute de diminuer la consommation et, s’agissant des open bars, d’enrayer la stratégie des alcooliers qui font en sorte d’installer des habitudes chez les adolescents.

Reste qu’un adolescent en souffrance qui recherche un produit excitant finira toujours par s’en procurer.

Il suffit de voir ce qu’il se passe pour le cannabis, interdit et pourtant consommé.

Quoi qu’il en soit, ces lois doivent être accompagnées, il faut que l’ensemble de la société progresse sur cette question.

Il faut s’interroger sur pourquoi on en arrive à des cas aussi extrêmes, sur ce qu’il y a derrière.

 

The Bottle (45th/52)

 


 

Slogans humanitaires - Meri pour l_héritage - 6

 


 

Source :

http://jeunes.alcool-info-service.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Binge_drinking

https://www.inserm.fr/content/view/full/50505

http://www.liberation.fr/actualite/societe/339844.FR.php

https://www.stop-alcool.ch/la-consommation-d-alcool/le-binge-drinking

http://www.attitude-prevention.fr/comprendre-binge-drinking-biture-express.html

http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/16/binge-drinking-endommager-cerveau-futurs-enfants_a_21606577/

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/07/10/le-binge-drinking-touche-toutes-les-generations_4678240_4355770.html

http://www.drogues.gouv.fr/comprendre/ce-qu-il-faut-savoir-sur/le-binge-drinking

https://scholar.google.fr/scholar?q=Le+Binge+Drinking&hl=fr&as_sdt=0&as_vis=1&oi=scholart&sa=X&ved=0ahUKEwjH6aTXv9vUAhVJEVAKHQIwDFQQgQMIJTAA

 

Note personnelle :

Cet article date de 2002 et le Dr Georges Picherot fut interviewé par les journalistes du quotidien « Libération ».

A ce jour, soit 15 ans après cette publication, les faits sont catastrophiques.

17 comments

  1. Triste sujet. J’ ai peut-être flairé quelques pistes d’explication. Un rituel de passage ou bien
    Le « t’es pas chiche ». Qu’est-ce qu’on ferait pas à l’adolescence, voir à l’enfance pour se faire accepter et respecter du « groupe ». « T’es pas chiche de cracher sur les voitures » … « T’es pas chiche de manger ces trois piments d’ un coup » … « T’es pas chiche de boire ces deux bouteilles de vodka en moins d’une minute » … Et voilà, on y est !

    Aimé par 2 people

    1. Va donc savoir….

      Je pense que tu as énuméré les principales causes.

      Il y a de cela quelques années, j’avais vu une vidéo où des ados complètement ‘fait’ au Binge Drinking… Sautaient de toits d’hôtels dans des piscines en Espagne. Sauf que certains n’atterrissaient pas dans l’eau mais à côté. Triste fin !

      Aimé par 1 personne

    2. j’en connais toujours pas mal,des adultes, qui plutôt que de chercher à s’épanouir intérieurement, dialoguer sereinement, s’accepter eux-mêmes et les autres tels qu’ils sont, préfèrent se murger d’entrée de soirée, et estimer le lendemain qu’ils se sont éclatés… « t’es pas chiche de passer ta vie à faire du rien » 😦

      Aimé par 2 people

      1. Les jeunes ont donc un ‘bon’ exemple…. Celui de certains adultes totalement irresponsables.

        Quant à leur parler d’épanouissement intérieur, etc… L’ayant déjà fait; l’on m’a pris pour un homme d’un autre temps. Et pourtant j’étais plus jeune qu’eux.

        Va donc comprendre.

        Je te remercie pour ton commentaire.

        Au plaisir de te lire.

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  2. C’est desoeuvrant, et je n’ose même pas imaginer quand il s’agit de ton propre enfant 🤤😲
    Je J’ai jamais saisi le fait de direct picoler pour « être cool »

    Aimé par 1 personne

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