Les « escadrons de la mort » de la famille Bush

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Famille Bush

L’ancien président George W. Bush, son épouse Laura Bush, sa mère Barbara Bush, son père l’ancien président George H.W. Bush entourés le 6 janvier 2005 par leur famille et amis dont Margaret Bush, Walker Bush, Marvin Bush, Jenna Bush, Barbara Bush, Robert P. Koch, Pierce M. Bush, Maria Bush, Neil Bush, Ashley Bush, John Ellis Bush, Jr., Jeb Bush, Mandi Bush, George Prescott Bush, et Columba Bush

 

 

George Bush Senior est décédé mercredi mais certaines de ses stratégies meurtrières ont perduré durant le mandat de son fils et jusqu’à aujourd’hui, comme le rappelait Robert Parry le 11 janvier 2005.

 

 

Ce que George W. Bush a appris de son père

En refusant d’admettre ses erreurs d’appréciation concernant l’Irak, George W.Bush a plutôt poussé les États-Unis à devenir ce qu’on pourrait appeler un État « antiterroriste » permanent, qui utilise la torture, des escadrons de la mort transfrontaliers et même des sanctions collectives pour vaincre ceux qu’il perçoit comme ses ennemis, en Irak et dans le reste du monde.

 

A partir de sa réélection, Bush n’a cessé de renforcer cette stratégie de ligne dure, d’une part en limogeant les voix discordantes au sein de son administration, et d’autre part en conservant ou promouvant ses protégés. Il avait également commencé à préparer son frère cadet comme un successeur potentiel en 2008, ce qui aurait permis d’étendre la politique de guerre de George W. tout en conservant les secrets compromettants sous le contrôle de la famille Bush.

 

Au centre du durcissement de cette stratégie de pacification de l’Irak, Bush envisage l’adoption de méthodes brutales qui avaient été utilisées pour se débarrasser de la révolte des paysans gauchistes d’Amérique centrale dans les années 80. Le magazine Newsweek du 9 janvier dernier rapporte que le Pentagone « débattrait activement » d’une nouvelle politique irakienne sous le nom d’« option du Salvador ».

 

Newsweek rappelle que le nom de cette politique évoque le soutien secret que l’administration Reagan-Bush a apporté aux forces de sécurité de droite au Salvador, dont les opérations clandestines menées par les « escadrons de la mort » ont servi à éliminer les guérilleros de gauche ainsi que leurs sympathisants. Newsweek indique que « beaucoup de conservateurs américains considèrent que cette politique a été un succès – malgré la mort de citoyens innocents ».

 

 

Les vétérans d’Amérique centrale

Le magazine a aussi rappelé que plusieurs membres de l’administration Bush avaient eu un rôle majeur lors des opérations en Amérique centrale dans les années 80, comme John Negroponte qui était alors ambassadeur des États-Unis au Honduras, et l’est désormais en Irak.

 

Parmi les autres officiels américains ayant un joué un rôle-clef en Amérique du sud : Elliott Abrams qui, depuis le département d’État, a supervisé les politiques pour l’Amérique centrale et qui est aujourd’hui conseiller pour le Moyen-Orient au sein du Conseil national de sécurité de Bush et le Vice-Président Dick Cheney qui a défendu avec force les mesures appliquées en Amérique centrale en tant que membre de la Chambre des Représentants.

 

Les insurrections au Salvador et au Guatemala ont été réprimées en massacrant des dizaines de milliers de civils. Au Guatemala, ce sont environ 200 000 personnes qui ont péri, avec ce qui a été décrit par une commission d’enquête comme étant un génocide contre les Indiens Mayas des hauts plateaux du Guatemala. Au Salvador, environ 70 000 personnes sont mortes. Des villages entiers ont été massacrés. Ça a été le cas, en 1981, quand un bataillon entraîné par les États-Unis a abattu des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants dans la ville d’El Mozote et ses environs.

 

 

Escadrons de la mort - Famille Bush - 1

Le massacre d’El Mozote (Wikimedia Commons)

 

 

La stratégie de Reagan et Bush comportait également une composante nationale, l’opération dite de « gestion de la perception » qui utilisait une propagande sophistiquée pour manipuler les peurs du peuple américain tout en cachant la terrible réalité des guerres. L’administration Reagan-Bush a justifié ses actions en Amérique centrale en présentant les soulèvements populaires comme une tentative de l’Union soviétique d’établir une tête de pont dans les Amériques afin de menacer la frontière sud des États-Unis.

 

[Pour plus de détails sur le fonctionnement de ces stratégies et le rôle de George Bush Senior, voir le livre de Robert Parry Secrecy & Privilege: Rise of the Bush Dynasty from Watergate to Iraq – [Secret & Privilège : l’ascension de la dynastie Bush, du Watergate à l’Irak, NdT].

 

 

President George HW Bush - 1

Président George HW Bush 

 

 

Davantage de souffrance

En employant l’« option Salvador » en Irak, l’armée américaine allait augmenter la souffrance, en particulier dans les régions musulmanes sunnites où la résistance à l’occupation américaine de l’Irak a été la plus forte. En pratique, Bush allait confier à d’autres ethnies irakiennes la mission de diriger la campagne des « escadrons de la mort » contre les sunnites.

 

Newsweek a indiqué que « Le Pentagone avait proposé d’envoyer des équipes des forces spéciales pour conseiller, soutenir voire entraîner des escadrons irakiens, probablement formés de combattants peshmerga kurdes et de miliciens chiites triés sur le volet, afin de combattre les insurgés sunnites et leurs sympathisants, quitte à les pourchasser jusqu’en Syrie, selon des militaires au fait de ces discussions. »

 

Newsweek a cité une source militaire indiquant que « La population sunnite ne paye pas le prix de son soutien aux terroristes… De leur point de vue, c’est sans frais. Il faut modifier cette équation. »

 

Citant l’expérience centre-américaine de nombreux responsables de l’administration Bush, nous avons écrit en novembre 2003 – il y a plus d’un an – que beaucoup de ces vétérans de l’administration Reagan-Bush tiraient des leçons des années 80 pour tenter de faire face à l’insurrection en Irak. Nous avons toutefois souligné que les conditions n’étaient pas les mêmes. [Voir dans Consortiumnews.com « Iraq : Quicksand & Blood. » – « Irak : les sables mouvants et le sang. »]

 

En Amérique centrale, de puissantes oligarchies s’étaient depuis longtemps entourées de forces de sécurité et d’armées impitoyables. Donc, lorsque des soulèvements ont balayé la région au début des années 1980, l’administration Reagan-Bush avait des alliés – quoique peu recommandables – disponibles pour faire le sale boulot avec l’aide financière et technologique de Washington.

 

 

La dynamique irakienne

Une dynamique différente est à l’œuvre en Irak, parce que l’administration Bush a choisi de dissoudre l’armée irakienne plutôt que de l’assimiler. Cela laissait localement peu d’alliés fiables aux forces américaines qui ont été contraintes d’envoyer des soldats américains mener des opérations anti-insurrectionnelles, alors qu’ils ne connaissaient ni le pays, ni sa culture ni sa langue.

 

Ces problèmes ont à leur tour mené à une série de tactiques contre-productives, comme les rafles autoritaires de suspects irakiens, la torture de prisonniers à Abu Ghraib et le meurtre de civils innocents par des troupes américaines redoutant les attentats-suicides.

 

La guerre en Irak a également miné la position des États-Unis dans le reste du Moyen-Orient et dans le monde. Les images de soldats américains exerçant des violences sexuelles sur des prisonniers irakiens, recouvrant la tête des captifs avec des sacs et tirant sur un insurgé blessé ont noirci l’image de l’Amérique partout et rendu la coopération avec les États-Unis de plus en plus difficile, même dans des pays longtemps considérés comme des alliés américains.

 

Au-delà des images choquantes, de plus en plus de documents ont fait surface et ont révélé que l’administration Bush avait adopté une politique d’emploi généralisé de certaines formes de torture, tant en Irak que dans sa guerre contre le terrorisme en général. En août dernier, un fonctionnaire du FBI chargé de la lutte anti-terroriste a critiqué ces pratiques abusives à la prison de Guantanamo à Cuba.

 

Ce fonctionnaire rapporte : « À plusieurs reprises, j’ai trouvé dans les salles d’interrogatoire des détenus les mains et les pieds enchaînés, recroquevillés au sol sans chaise ni nourriture ni eau. La plupart du temps, ils baignaient dans leurs excréments, et étaient là depuis 18 à 24 heures, voire même davantage. Quand je demandais des explications à la police militaire, on me répondait que les interrogateurs de la veille avaient ordonné ce traitement et que le détenu ne devait pas être déplacé. Une autre fois… le détenu était sur le sol, quasiment inconscient, avec, à côté de lui, un tas de cheveux. Apparemment, il s’était littéralement arraché les cheveux pendant toute la nuit. »

 

Bien que les États-Unis réfutent officiellement et vigoureusement l’emploi de la torture, la responsabilité de ces pratiques médiévales remonte la chaîne de commandement jusqu’au Bureau ovale. Il semble que Bush ait décidé, après les attentats du 11 septembre, de « cesser de mettre des gants », une réaction compréhensible à l’époque, mais qui semble aujourd’hui avoir fait plus de mal que de bien.

 

 

TV World

 

Bush et son fils

George Bush Senior, enfant, avec son père George Bush Senior
a l’université de Yale (bibliothèque présidentielle George Bush)

 

 

Beaucoup d’Américains ont fantasmé sur leur bonheur de voir Oussama ben Laden torturé à mort pour son rôle assumé dans les attentats du 11 septembre. Il y a aussi un attrait pur et dur pour la torture, comme en témoignent les séries télévisées d’action – par exemple « 24 heures chrono » sur la Fox – où la torture est présentée comme un raccourci pragmatique pour obtenir des résultats.

 

Mais le plus dangereux est quand les cas exceptionnels deviennent des habitudes, quand on n’a plus affaire au meurtrier de masse d’Al-Qaïda, clairement coupable, mais désormais au père irakien désemparé qui tente de venger la mort de son enfant tué par des bombes américaines.

 

La réalité ressemble plus à cette créature désespérée de Guantanamo, couchée dans ses propres excréments et s’arrachant les cheveux qu’aux scènes spectaculaires de la télévision. La situation peut encore empirer quand la torture adopte le caractère industriel de la politique gouvernementale, avec des individus expédiés dans les goulags ou des camps de concentration.

 

C’est aussi pour ça que les États-Unis, ainsi que d’autres pays civilisés, ont depuis longtemps interdit la torture ainsi que le meurtre intentionnel de civils. L’objectif du droit international a été d’établir des normes ne pouvant être violées même dans des situations extrêmes ou sous le coup des passions du moment.

 

Et pourtant, Bush – avec son expérience limitée du monde – s’est facilement laissé convaincre par la notion d’« exceptionalisme » américain, dans laquelle la bonté innée de l’Amérique l’exonère des contraintes juridiques qui s’appliquent aux pays moins développés.

 

Bush a aussi fini par croire en la pertinence de ses « intuitions ». Après les éloges que lui ont valus le renversement du gouvernement taliban d’Afghanistan fin 2001, Bush s’est mis en tête d’envahir l’Irak. Comme un joueur à Las Vegas doublant la mise, l’instinct de Bush était en roue libre.

 

Cependant, alors que l’insurrection irakienne continue de prendre de l’ampleur en infligeant des pertes croissantes tant aux troupes américaines qu’aux irakiens qui ont uni leur destinée à la leur, Bush se trouve confronté à des choix très délicats.

 

Bush pourrait reconnaître ses erreurs et demander l’assistance de la communauté internationale pour retirer les forces américaines d’Irak. Mais Bush a horreur d’admettre ses erreurs, même mineures. De plus, le ton belliciste de Bush n’a pas incité les autres pays à lui venir en aide.

 

Au lieu de quoi Bush semble décidé à passer à la vitesse supérieure en envisageant des raids transfrontaliers vers les pays voisins de l’Irak. Il pourrait également étendre la guerre en faisant tuer des sunnites par des Kurdes et des chiites irakiens, ce qui mènerait tout droit à une guerre civile ou à un génocide.

 

 

L’option Pinochet

Il y a aussi un risque personnel pour Bush s’il opte pour l’« option Salvador ». Il pourrait devenir une version états-unienne du dictateur chilien Augusto Pinochet, ou d’Efrain Rios Montt au Guatemala, des dirigeants qui ont laissé leurs forces de sécurité commettre des assassinats, « faire disparaître » des adversaires et torturer des prisonniers.

 

Tout comme la politique que George W. Bush est en train de l’envisager, Pinochet avait même commandité son propre « escadron de la mort » international – connu sous le nom d’Opération Condor – qui a traqué ses opposants politiques dans le monde entier. Un de ces attentats, en septembre 1976, a été de piéger la voiture du dissident chilien Orlando Letelier, alors à Washington avec deux collègues américains. Letelier et Ronni Moffitt sont morts dans l’explosion.

 

Avec l’aide d’amis américains bien placés, les deux ex-dictateurs ont évité la prison jusqu’à présent. Cependant, Pinochet et Rios Montt sont devenus des parias, désormais poursuivis par la justice qui cherche à les mettre face à leurs responsabilités pour ces atrocités.

 

[Pour en savoir plus sur la protection de Pinochet par George H.W. Bush, voir Secrecy & Privilege par Rober Parry].

 

 

Une façon pour George W. Bush d’éviter ce genre de problèmes est de maintenir ses alliés politiques au pouvoir au-delà de son second mandat en janvier 2009. Dans son cas, une solution serait que son frère Jeb soit élu président en 2008, ce qui garantirait ainsi que tout document compromettant reste secret.

 

Le fait que le président George W. Bush envoie le gouverneur de Floride Jeb Bush inspecter les dégâts du tsunami en Asie a déclenché des spéculations politiques selon lesquelles l’une des raisons de ce déplacement était de redorer l’aura internationale de Jeb dans un cadre où son empathie serait mise en valeur.

 

Bien que Jeb Bush ait insisté ne pas vouloir se présenter à la présidence en 2008, la famille Bush pourrait trouver de bonnes raisons d’encourager Jeb à changer d’avis, surtout si la guerre en Irak perdure et si George W. accumule les secrets préjudiciables.

 

 

Robert Parry

Robert Parry, Consortium News, 05-12-2018

 


 

President George HW Bush - 2

Président George HW Bush 

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Parry

https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Bush

https://fr.wikipedia.org/wiki/George_H._W._Bush

https://consortiumnews.com/2018/12/05/the-bushes-death-squads/

https://www.les-crises.fr/les-escadrons-de-la-mort-de-la-famille-bush-par-robert-parry/

 

Article : Les Crises

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

 

Note :

Cet article a été publié initialement par Consortium News.

 

Le regretté journaliste d’investigation Robert Parry, rédacteur en chef fondateur de Consortium News, a publié de nombreux articles sur l’affaire Iran-Contra pour The Associated Press et Newsweek dans les années 1980. Son dernier livre, « America’s Stolen Narrative », est disponible en version papier ici ou en version électronique (chez Amazon et barnesandnoble.com).

9 comments

  1. …C’est pour cela qu’il faut faire très attention à ne pas provoquer un président américain. Tous les présidents américains suivent une logique de manipulation et de répression, avec pour certains comme ceux de la la famille Bush une action particulièrement violente. Mais d’une façon générale, tous les présidents américains suivent la même logique.

    Aimé par 2 personnes

    1. Je confirme et je me permettrai de rajouter ceci : ils (les présidents) suivent la feuille de route dont ils doivent s’acquitter durant leurs mandats présidentiels ; programme dicté par le CFR, Bilderberg, etc… Autrement, ils ‘sautent’. Un accident est si vite arrivé ou un assassinat déguisé (John Fitzgerald Kennedy)…

      Je vous remercie pour votre commentaire.

      Aimé par 1 personne

  2. C’est une famille horrible enfin les plus connus … Je me souviens plus de Bush fils quand il était au pouvoir
    Franchement les Américains n’ont pas des Présidents qui les présentent bien

    Aimé par 1 personne

    1. Le grand-père Prescott Bush finançait via ses sociétés le nazisme durant la seconde guerre mondiale… Cela en dit long sur cette dynastie familiale et comment ils ont fait fortune…

      J'aime

  3. comme quelqu’un l’a dit un jour : ils ont été, quelque part, des sortes de tyrans. Pas des tyrans anodins, mais calculateurs, organisateurs de guerre et profiteurs des retombées que cela pouvait rapporter. Franchement c’est déjà pas honorable de le faire, mais sur les morts c’est encore plus horrible.

    Aimé par 1 personne

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