L’amitié entre citoyens, est l’une des conditions fondamentales du bien-être commun – Hannah Arendt [Vidéos]

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Hannah Arendt (1906 – 1975), politologue, philosophe et journaliste allemande

 

 

 

« Nous avons coutume aujourd’hui de ne voir dans l’amitié qu’un phénomène de l’intimité, où les amis s’ouvrent leur âme sans tenir compte du monde et de ses exigences.

 

Rousseau, et non Lessing, est le meilleur représentant de cette conception conforme à l’aliénation de l’individu moderne qui ne peut se révéler vraiment qu’à l’écart de toute vie publique, dans l’intimité et le face à face.

 

Ainsi nous est-il difficile de comprendre l’importance politique de l’amitié.

 

Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la philia, l’amitié entre citoyens, est l’une des conditions fondamentales du bien-être commun, nous avons tendance à croire qu’il parle seulement de l’absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les Grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un “parler-ensemble” constant unissait les citoyens en une polir.

 

Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre.

 

Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d’elles-mêmes), si imprégné qu’il puisse être du plaisir pris à la présence de l’ami, se soucie du monde commun, qui reste “inhumain” en un sens très littéral, tant que des hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue.

 

Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables.

 

Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voix humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n’est pas vraiment humain.

 

Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains.

 

Cette humanité qui se réalise dans les conversations de l’amitié, les Grecs l’appelaient philanthropia, “amour de l’homme”, parce qu’elle se manifeste en une disposition à partager le monde avec d’autres hommes. »

 

 

Hannah Arendt, « Vies politiques », pp. 34-35, (1974) – Gallimard. Paris

 


 

Presse-papiers-1

Photo : pour illustration

 


 

Bonus

Time : 7 mn 41 / Hannah Arendt – Condition de l’homme moderne – De Dicto #4 – Politikon

 

Time : 8 mn 10 / La Crise de la Culture – H. Arendt – Le Temps D’un Café

 


 

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Hannah Arendt (1906 – 1975)

 

 

 

Biographie succincte :

Hannah Arendt, née Johanna Arendt le 14 octobre 1906 à Linden, à Hanovre en Allemagne, est décédée le 4 décembre 1975 à New York (États-Unis).

 

Son père était ingénieur de formation et sa mère pratiquait le français et la musique. Des deux côtés, les grands-parents étaient des juifs laïcs.

 

Hannah était une universitaire allemande naturalisée américaine connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme et la modernité d’un point de vue philosophique et historique.

 

Elle a suivi des études de philosophie à Heidelberg avec le philosophe Martin Heidegger (1889-1976). A Fribourg-en-Brisgau, elle suit les cours d’Edmund Husserl (1859-1938) et de Karl Jaspers (1883-1969).

 

Souvent qualifiée de « philosophe », elle se désignait elle-même d’après sa profession : professeur de théorie politique, ou political theorist. Son refus de la philosophie est notamment évoqué dans Condition de l’homme moderne où elle considère que « La majeure partie de la philosophie politique depuis Platon s’interpréterait aisément comme une série d’essais en vue de découvrir les fondements théoriques et les moyens pratiques d’une évasion définitive de la politique. »

 

Ses ouvrages sur le phénomène totalitaire sont étudiés dans le monde entier et sa pensée politique et philosophique occupent une place importante dans la réflexion contemporaine.

 

Hannah Arendt développe le concept très controversé de la « banalité du mal ». Dans un régime totalitaire, l’idéologie, la propagande et la répression, conduisent des hommes peu différents des hommes ordinaires, à accomplir des actes monstrueux, plus préoccupés à « faire carrière » que par les conséquences de leurs agissements. Plus tard, Stanley Milgram (1933-1984) psychologue social américain s’est appuyé sur le concept de banalité du mal pour expliquer les résultats de sa célèbre expérience de soumission à l’autorité (Expérience de Milgram : Expérience sur l’obéissance et la désobéissance à l’autorité de Stanley Milgram).

 

Ses livres les plus célèbres sont « Les Origines du totalitarisme » (1951), « Condition de l’homme moderne » (1958) et « La Crise de la culture » (1961).

 


 

Hannah Arendt - 3

Hannah Arendt (1906 – 1975)

 


 

Puzzle - Hommes

Photo : pour illustration

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt

15 commentaires

  1. +NORBERT WEBER
     ┏┓┏┓。・゚゚・。。゚♡
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    本年も宜しくお願い致します♪
    素敵な一年になりますように♡*゚
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    J'aime

  2. Je te souhaite à toi et tes proches, une excellente année 2019 de joie, de paix, d’amour, d’amitié, de santé et de prospérité.

    L’amitié, un vaste sujet, mais dans l’ensemble je suis d’accord qu’il vaut mieux être ami pour bien s’entendre… dans un monde parfait, fait d’honnêteté, de respect, d’écoute, de compréhension et d’amour, il n’y aurait pas de guerre… Je ne sais pas si c’est qu’en France, mais il y a quand même pas mal d’hypocrite qui par devant te « lèche le cul » , c’est vulgaire mais c’est réaliste, et par derrière « te casse du sucre sur le dos à la moindre occasion ». Et si on ose dire ce qu’on pense, on est soit « négative  » et on casse l’ambiance, soit « complotiste » donc parano.. dur dur donc de lier d’amitié avec tout le monde, et pourtant je suis quelqu’un de très sociable, mon mari me dit toujours « tu es naïve, tu crois que les gens sont gentils »…
    J’ai longtemps cru que je les attirait les hypocrites, avant de me rendre compte qu’en fait des gens franc, ben y en a peu, alors j’essais de garder et lier d’amitié avec eux.

    A bientôt!!

    Aimé par 1 personne

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