L’avenir de l’euro n’est pas assuré – Jean-Luc Baslé, ancien directeur Citigroup

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euro - pièces (4)

Photo : pour illustration

 

 

A l’occasion du 20ème anniversaire de l’euro, ses partisans se félicitent de son succès (1). Mais, son avenir est loin d’être assuré. Au plan pratique, c’est un succès. Son adoption facilite les transactions commerciales et financières, et abaisse leur coût. Les touristes y trouvent leur compte par la facilité qu’il leur accorde de voyager à travers l’Europe. Mais, économiquement, c’est un échec.

 

De 2000 à 2017, la croissance moyenne de la zone euro (1,3%) est plus faible que celle de l’Union européenne (1,7%), de la Grande-Bretagne (1,9%) et des Etats-Unis (2,0%). Le chômage (9,5%) y est plus élevé qu’en Union européenne (9,0%), qu’en Grande-Bretagne (5,9%) et qu’aux Etats-Unis (6,1%).

 

Le taux de chômage des moins de 25 ans est alarmant : 34% pour l’Espagne, 29% pour l’Italie et 24% pour la France. Seuls, l’Allemagne (9,8%) et les Pays-Bas (10,2%) font mieux. Ces chiffres sont à comparer avec ceux des Etats-Unis (12,8%) et de la Grande-Bretagne (15,3%) (2).

 

Les gilets jaunes sont l’expression de cet échec, même si d’autres facteurs sont à l’œuvre. A quoi tient-il ? A trois causes principales : politique, idéologique et structurelle. En refusant de faire les réformes qui s’imposent pour le sauver, les autorités nationales et européennes le condamnent.

 

 

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L’objet de l’euro était d’arrimer l’Allemagne à l’Europe

C’est une idée française. C’est aussi une idée fumeuse qui démontre l’inculture économique de nos élites. Comment peut-on imaginer « arrimer » un pays au travers d’un accord monétaire, sauf à supposer que les Allemands ne comprennent rien à ces choses ? Comme ils les comprennent très bien, ils ont accepté la proposition française en posant leurs conditions… Ils ont fait de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom (3). Cela donne à nos « amis d’outre-Rhin » un avantage compétitif considérable en bénéficiant d’une monnaie dépréciée – l’euro – par rapport au Deutsche mark. La politique économique allemande étant traditionnellement mercantile, les dégâts – côté français – ne se sont pas fait attendre, à preuve l’effondrement de notre outil industriel (4). Là aussi il y a plusieurs causes, mais l’euro en est une, incontestablement.

 

En abandonnant l’esprit de solidarité présent dans la déclaration Schuman au profit du néolibéralisme, le traité de Maastricht est une bombe à retardement dont on voit les premiers effets en Italie, en France et dans le reste de l’Europe. Peu l’ont relevé, mais le lien existe (5). A cette disparition de l’esprit communautaire s’ajoute la libre circulation des capitaux qui accroît tout à la fois l’efficacité et l’instabilité de l’économie de la zone. Cette disposition aurait dû s’accompagner d’un fonds de stabilisation pour contrer des mouvements de capitaux intempestifs. Les Allemands s’y sont opposés. Il a fallu attendre la crise de l’euro de 2010 pour qu’ils y consentent à minima.

 

 

euro - billets (3)

Photo : pour illustration

 

 

Structurellement, l’euro est une construction déficiente

La monnaie unique ne répond pas aux conditions posées par l’économiste canadien Robert Mundell dans sa théorie de la zone monétaire optimale qui postule que les nations qui souhaitent avoir une même monnaie, doivent partager une même structure économique. Cela permet aux autorités de réagir par des mesures communes en réponse à un choc externe. La structure de l’économie allemande est différente de celle de l’Italie, sans parler de celle de la Grèce… (6) En l’absence de budget commun, la zone euro ne dispose que du levier monétaire pour répondre aux chocs externes, comme celui de la crise des subprimes. La liberté d’action de la Banque centrale européenne étant limitée par ses statuts, son gouverneur, Mario Draghi, contourna astucieusement le carcan qui lui était imposé en rappelant à ses critiques qu’outre sa mission de veiller à la stabilité des prix, la BCE doit aussi assurer la stabilité du système bancaire. S’il n’intervient pas, plusieurs Etats membres de la périphérie seront en grande difficulté mettant du même coup en danger les banques, leur principal bailleur de fonds. Il lui faut donc aider ces Etats pour préserver la stabilité du système bancaire (7). Mario Draghi sauva l’euro, pour un temps.

 

 

Tout décor a son revers

La Bundesbank accumule sur les pays du sud de l’Europe une créance qui ne cesse de croître. Fin 2017, elle s’élève à près du tiers de son produit intérieur brut avec pour principaux débiteurs l’Italie (481 milliards d’euros), l’Espagne (389 milliards), et le Portugal (81 milliards). La dette publique italienne est notée « qualité moyenne inférieure » par les agences de notation, juste un cran au-dessus de la notation « spéculative », niveau qui la transformerait en « obligations à risque » dans le jargon des marchés financiers. Cela entraînerait un relèvement des taux d’intérêt et accroîtrait le déficit budgétaire. La dette espagnole est notée « qualité moyenne inférieure », soit un niveau au-dessus de la dette italienne. Ces deux nations sont très vulnérables aux chocs externes. Leur situation ne peut que se dégrader lors de la prochaine récession américaine prévue pour 2020 par Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve Fédérale.

 

 

Il fut un temps où l’euro pouvait être sauvé.

Ce temps est révolu. L’Italie et l’Espagne souffrent ainsi que la France, à un moindre degré. Quant à l’Allemagne, elle accumule des créances douteuses sur les nations du sud de l’Europe avec le risque d’être le banquier de l’Europe – risque inacceptable pour les Allemands. Par ailleurs, son avenir n’est plus à l’Ouest mais à l’Est, en Russie, en Chine et en Inde. Ces deux facteurs conduiront ses dirigeants à reconsidérer leur adhésion à la monnaie européenne et, in fine, à reprendre leur liberté pour se concentrer sur les marchés d’avenir.

L’euro aura vécu.

 

Jean-Luc Baslé, ancien directeur Citigroup, New York

Auteur de « L’euro survivra-t-il ? »

 


 

2 euro - monnaie (2)

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Source :

https://www.iveris.eu/

https://reseauinternational.net/lavenir-de-leuro-nest-pas-assure/

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/398-lavenir_de_leuro_nest_pas_assure

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-190538-lavenir-de-leuro-nest-pas-assure-2233437.php

 

Article : Jean-Luc Baslé / Ancien directeur Citigroup New York / IVERIS

 

Référence :

Cet article a été initialement publié dans le Cercle des Echos.

 

(1) Sous sa forme immatérielle, le 1er janvier 1999. Les pièces et billets entreront en service le 1er janvier 2002.

 

(2) Perspectives de l’économie mondiale – Octobre 2018 (FMI), et Eurostat.

 

(3) Se reporter aux statuts de la Banque centrale européenne.

 

(4) En 1887, le Parlement britannique a voté le Merchandise Marks Act pour tenter d’y mettre fin, sans résultat.

 

(5) « L’existence de l’euro, cause première des ‘gilets jaunes’ » par un collectif d’économistes et d’historiens. Barack Obama a reconnu l’existence de ce lien entre néolibéralisme qu’il appelle Consensus de Washington et mécontentement des populations laborieuses dans un récent échange avec James Baker.

 

(6) Cette disparité dans les structures économiques des états membres concentre l’activité dans les nations les plus performantes. Les nations les moins productives se vident de leurs populations qui émigrent vers les états membres à forte capacité industrielle. Cette migration est catastrophique pour certains pays, comme la Grèce ou la Roumanie.

 

(7) Jean-Luc Baslé, « L’euro survivra-t-il ? » p. 113.

23 comments

    1. Mais Joetclo… C’est l’un des buts de l’Europe ! CQFD.

      J’ai publié cet article quoi que je ne suis pas d’accord avec tous les propos de l’auteur mais je me dois de publier également pour un auditoire, qui n’a pas forcément la même analyse que moi.

      Aimé par 2 personnes

      1. Tu as raison de publier, bien au contraire, d’accord pas d’accord, il nous faut des témoignages, certains savent des choses.

        Aimé par 1 personne

      2. En fait, toutes mes publications ne reflètent pas forcément mes analyses , convictions, etc.. Mais comme cité précédemment je me dois de publier un peu de tout et parfois son contraire, ne serait-ce que pour avoir deux sont de cloche différents et ainsi amener à la réflexion et parfois à la discussion. Je ne sais pas si ce mode opératoire est bien ou pas. Je verrai sur le temps.

        Merci pour ta réponse.

        Aimé par 1 personne

  1. « Mais, économiquement, c’est un échec. »
    Je ne sais si je l’ai déjà écrit ici, le passage à l’euro a été pour moi-même, une belle dévalorisation cachée de toutes les monnaies avant ce passage d’un tiers de leurs valeurs. Il a suffi de regarder ma feuille de salaire et mon pouvoir d’achat en Belgique, et ensuite de recevoir celle après le passage de l’euro pour déjà comprendre. Ensuite les achats ordinaires. Les dirigeants ont toujours prétendu le contraire, ce qui pour moi est un grand mensonge collectif. Comment faire autrement d’ailleurs ?

    Ce qui me fait bien marrer c’est que dans toutes les statistiques il n’est jamais fait mention de la Belgique. Pourquoi ?
    Je parle en tant que pays bien entendu.
    « Ils ont fait de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom » Avant le passage à l’euro, je travaillais à la Bnp-Paribas, non pas derrière un guichet, dans une filiale où nous travaillions avec les principales devises Européennes de l’époque, dont le Mark Allemand, de valeur totalement équivalente que le Florin Néerlandais. Même pouvoir d’achat dans ces deux pays. Pour la France, je dirais, la valeur du FrF x 2,5. En Belgique, nous devions faire x2 pour notre valeur Belge pour le change vers les Pays-Bas ou l’Allemagne au niveau pouvoir d’achat. Lorsque nous allions en France, la Belgique avait un franc Belge plus fort que le franc Français d’environ x1. Je sais qu’en 1990 nous pouvions aller manger et dépenser en France de manière plus avantageuse. En Espagne, notre valeur Belge était trois fois plus élevée en y allant. Je me souviens d’un voyage en 2000 dans les îles Baléares. Toutes ces valeurs actuelles, ce jour n’ont plus rien de comparable avec l’Euro.
    « La monnaie unique ne répond pas aux conditions posées par l’économiste canadien Robert Mundell dans sa théorie de la zone monétaire optimale qui postule que les nations qui souhaitent avoir une même monnaie, doivent partager une même structure économique.
    Impossible bien entendu. Un grand leurre.
    Point (6) et (7), oui avec ce que nous avons pu vivre avec la crise bancaire aux E.U et qui risque à tout moment de se reproduire. Combien de temps la Banque Centrale Européenne va t-elle faire tourner les billets pour maintenir l’équilibre, face aux banques Américaines, Asiatiques, Anglaise et d’autres encore.

    Je n’ai pas de boule de cristal, et je ne sais ce que deviendra l’Euro. Tout ce que je sais, c’est que ce ne fut pas une bonne décision. (Cela c’est moi qui le pense). Je sais que ce sont nos enfants et petits-enfants qui devront faire face aux futurs changements monétaires. Je ne sais de quel ordre ils seront et cela craint. Les dictatures réelles ou
    sous-jacentes montrent de plus en plus le bout de leur nez.
    Conclusion : Nous sommes devenus les otages des banques et de leur empire, sans aucun moyen de retourner en arrière.
    Petite anecdote de ce jour quelque peu hors sujet….quoique ??. Mon mari va à la banque aujourd’hui pour retirer de l’argent, un bug informatique (encore une autre suprématie dont il faille tenir compte) lui avale sa carte. Demain à Bordeaux rv à cette banque qui n’est pas la sienne, cette dernière près du domicile étant en rénovation pour retirer des billets. Hélas demain c’est samedi avec ce que cela comporte comme mouvements sociaux auxquels nous adhérons, sauf que nous ne sommes pas d’accord avec les extrémistes de tous bords qui viennent s’y incruster.
    Heureusement qu’en France, il peut encore utiliser ses chèques et j’ai ma carte bleue. En Belgique, les chèques ne sont plus valables. Et dans ce même cas de figure, je me retrouverais sans un rond de liquidité devant la venue d’un w.e. et sans pouvoir faire de courses. Je laisse imaginer la situation totalement inimaginable. Juste pour avoir des liquidités et de cette fichue carte bancaire dont nous dépendons pour tout.

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    1. Bonsoir Brindille,

      Merci beaucoup pour ton commentaire qui se veut à la fois riche en information, très juste et factuel.

      Je ne puis hélas répondre à tous les points avancés (car je suis sur mon téléphone et je suis un peu limité) mais pour moi, ayant travaillé une grande partie dans la comptabilité, je valide pleinement tes propos.

      L’euro est une énorme arnaque mais nécessaire pour les élites (au-delà des salariés que sont les politiques qui se relaient) car mis à part dépouiller les peuples, l’un des objectifs finale est la fusion de monnaie de plusieurs blocs continentaux pour arriver à une monnaie mondiale totalement dématérialisé.

      J’ai publié plusieurs articles sur ces thèmes mais je ne puis t’en adresser les liens via mon téléphone. Toutefois, si le sujet t’intéresse et que tu désires en savoir plus, les articles en question sont dans la rubrique ‘Économie / Finance’.

      Un grand merci pour ton témoignage qui je l’espère, sera massivement lu.

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      1. Merci pour ton avis. Je vais de ce pas prendre les liens ou y retournerai plus tard. J’ai une petite chatte de 4 mois qui essaie de taper sur mon pc portable en même temps que moi, d’où mon absence sur internet. Passer par un tel mobile je ne peux pas. C’est trop petit, et j’écris là sans regarder sur les touches. Merci d’avoir autant développé ta réponse sur un si petit outil. A bientôt et bonne soirée.

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      2. Les présidents des pays industrialisés, vous le disent verbalement, depuis au moins 20 ans. Nous appliquons et suivons le programme du nouvel ordre mondial, et rien ne pourra nous l’en empêcher. Il est du devoir de chacun d’oser chercher et comprendre se programme de dingue. Aphadolie le sait, l’inimaginable programme de ce nouveau monde, est à la hauteur du manque de considération qu’ils ont pour les 7 milliards d’ignorants.

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      3.  » l’inimaginable programme de ce nouveau monde, est à la hauteur du manque de considération qu’ils ont pour les 7 milliards d’ignorants » Ce serait sympa de développer ces termes en un vocabulaire plus simple. Merci.

        Aimé par 1 personne

      1. C’est normal, ils veulent dématérialiser la monnaie et pour ce faire, ils (bien au-delà des gouvernements) utilisent ce que l’on nomme : la stratégie du dégradée et du différée. Il s’agit de techniques de manipulation de base (recensées au nombre de 10, si ma mémoire ne me fait pas défaut). Et c’est à l’échelle planétaire…

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    1. En Belgique en visitant ma fille en 2005, je vais au distributeur et demande 100€. Je reçois un billet. J’ai eu bien du mal à m’en défaire dans un commerce local, pas du tout courant de rencontrer un billet. Depuis lors j’utilise ma carte bleue et Visa qui sont communes sur la même carte dans mon pays d’origine. Ouf !

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      1. Regarde Brindille, tu n’as quasiment plus de guichet, que des DAB avec un retrait limité (voir très limité).

        Juste pour un test à toutes celles et ceux qui liront ce qui va suivre :

        Si vous avez une certaine somme sur vos compte ou vos comptes bancaires, essayez de tout retirer en espèce et ce même en passant par un conseiller….

        Bonne chance.

        Au mieux, vous aurez un chèque de banque.

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      2. Bonjour Aphadolie. Pas trop là en ce moment. Oui oui tu as tout à fait raison. D’ailleurs les dépôts d’espèces à mon agence ont disparu. L’informatique aussi. Plus rien. La dernière fois que je me suis retrouvée dans mon agence pour parler avec mon conseiller des inepties du temps réel sur mon compte courant, j’ai cru me retrouver sur une autre planète. Quant à ce fameux temps réels, je devrais absolument garder un ticket de caisse d’une grande surface ou plusieurs et ensuite aller leur mettre sous le nez que leur listing est totalement faux. Lorsque je fais mes courses, je paie avec ma CB, ok. Je ne suis débitée sur mon compte bancaire que nullement le jour où j’ai payé. Que nenni, alors que cette date valeur qui doit être en temps réel, est là ouvertement sous mes yeux illégalement nullement en date valeur du jour de mon paiement. Alors je souffle….Pas envie…..ras le bol de l’administration……et c’est à moi à prouver comment ils s’enrichissent sur notre dos……J’te jure…..

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  2. Comme l’a dit un jour très justement l’humoriste Anne Roumanof “L’euro, on ne vous demande pas de comprendre, on vous demande de payer.!  » Plus qu’une arnaque, c’est une escroquerie … je le pense vraiment et si chaque français avait eu en mains un convertisseur à chaque fois qu’il a payé, eh bien il s’en rendrait vraiment compte !

    Aimé par 3 personnes

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