Les dérives du commerce des obsèques : la Cour des comptes dénonce les tarifs des pompes funèbres [Vidéos]

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Cour des comptes

 Pour illustration

 

 

Dans son rapport annuel, la Cour des comptes déplore le fait que malgré l’ouverture à la concurrence des services de pompes funèbres il y a 25 ans, les prix n’ont pas baissé

 

La Cour des comptes, qui publie son rapport annuel mercredi 6 février, a épluché les pratiques des pompes funèbres, qui s’occupent des obsèques de 600 000 personnes chaque année. Les Sages relèvent notamment que malgré l’ouverture à la concurrence il y a 25 ans, les prix n’ont pas baissé. 

 

3 600 euros pour une crémation, 3 350 euros pour un enterrement : voilà la moyenne des prix relevés par la Cour des comptes. Mais à cela, il faut ajouter le coût du transport par corbillard, ou encore de la redevance de concession. Mais il est impossible de s’y retrouver dans les prix, de comparer les offres des pompes funèbres, dénonce la Cour des comptes, car les prestations ne se valent pas, les devis sont illisibles, alors qu’il existe normalement des devis-types.

 

 

Des différences de prix énormes

Le rapport continu : l’ouverture du marché à la concurrence a profité non pas aux familles endeuillées, mais aux prestataires. Il s’agit d’un marché de deux milliards d’euros par an, dont la moitié est partagée aujourd’hui entre une douzaine de réseaux d’entreprises. Les tarifs des pompes funèbres ont augmenté deux fois plus vite que les prix à la consommation.

 

Les moins chers, à prestation égale, ce sont les pompes funèbres publiques : elles sont presque 70% moins chères à Paris, ou 60% moins chères à Lisieux dans le Calvados. Elles sont moins chères et pourtant rentables. La Cour des comptes encourage donc les établissements publics à baisser leurs prix, comme cela a déjà été le cas en région grenobloise.

 

 

Manque de crématoriums

Enfin, autre point relevé : les crémations sont en hausse constante. Un tiers des personnes décédées sont aujourd’hui incinérées, et pourtant il manque des crématoriums. Il n’y en a aucun dans le Cantal, le Lot, la Haute-Marne ou Mayotte. Il n’y en a qu’un seul pour tout le Bas-Rhin, un seul aussi dans les Yvelines ou la Haute-Garonne. Les familles qui doivent incinérer leur proche décédé dans un délai légal de six jours ouvrables se tournent souvent vers le seul crématorium disponible des environs, ce qui n’aide pas à faire baisser les prix.

 

D’ailleurs, la Cour des comptes suggère d’allonger ce délai légal de six jours afin de désengorger les crématoriums, mais aussi pour que les familles n’aient plus à choisir dans l’urgence les pompes funèbres qui organiseront les obsèques, à un moment où elles sont souvent le plus vulnérables. La Cour des comptes explique par exemple que l’Allemagne et le Royaume-Uni autorisent un enterrement 14 jours après le décès, à la condition évidemment d’avoir pratiqué des soins de conservation du corps jusque-là. En Suède, ce délai va même jusqu’à un mois après la mort.

 

 

Cercueils

Photo : pour illustration

 

 

Une commercialisation des obsèques

Trois « poids-lourd » des Pompes Funèbres se partagent  le marché en France.

Le numéro un, c’est OGF et sa marque PFG (Pompes funèbres générales), qui organise chaque année 125 000 obsèques, soit plus de 20 % du marché. Véritable conglomérat, PFG dispose d’un millier de magasins, de plusieurs chaines de crématoriums, mais aussi d’usines de cercueils avec… des forêts : dans les Vosges et dans les Landes, OGF fabrique 140 000 cercueils.

 

Deux autres groupes se partagent le gros du marché : Le choix funéraire et Roc Eclerc, dernier né de la réforme des pompes funèbres il y a 20 ans, se voulant la « grande surface du funéraire ». À côté de ces trois « géants », des centaines d’enseignes indépendantes tentent de survivre.

 

Depuis la loi de 1905 et avant l’ouverture à la concurrence, les pompes funèbres étaient un monopole communal placé sous la responsabilité du maire. Mais à la fin des années 1970ce service public est délégué à des acteurs privés, comme la Lyonnaise des Eaux, qui devient actionnaire du groupe PFG. « Les pompes funèbres deviennent un service commercial proposé et négocié avec les communes, au même titre que les transports, l’eau ou l’assainissement. » constate le journaliste Olivier Géhin.

 

Une commercialisation des obsèques qui fait parfois scandale. Les prix s’envolent, les préfets ne contrôlant plus les cahiers des charges des pompes funèbres. Des maires de grandes villes sont vite soupçonnés de corruption et de financement illégal de partis politiques. Finalement, le 8 Janvier 1993, le gouvernement Bérégovoy met fin au monopole et ouvre les pompes funèbres à la concurrence.

 

 

Des prix qui ont grimpé

Certains fonds d’investissement étrangers vont s’engouffrer dans la brèche. C’est un fond canadien, Ontario Teachers, qui détient aujourd’hui 75 % du groupe OGF (qui détient lui-même PFG). Un investissement très rentable. « Le commerce funéraire leur apporte une certaine visibilité et une certaine sécurité. », justifie Jean Ruellan, directeur marketing d’OGF. « De notre côté, cela nous permet d’avoir énormément de moyens pour notre développement. ». Des enterrements en cercueils français avec une partie des dividendes qui partent au Canada…

 

 

De la concurrence déloyale

Ces contrats obsèques sont aussi parfois un moyen d’orienter la clientèle vers un opérateur funéraire particulier. Une pratique pourtant illégale : tout souscripteur a le droit de choisir librement son entreprise de pompes funèbres et d’en changer à tout moment sans frais supplémentaires. La loi interdit aussi le démarchage ou la publicité pour une entreprise particulière, même quand le contrat obsèques en propose une, alliée à la banque ou à l’assureur. Mais certaines pratiques permettent de contourner le règlement.

 

Clément W.*, client de l’assureur Aviva, souscrit en 2015 un contrat obsèques sans choisir l’opérateur qui va l’enterrer. Un an plus tard, son assureur le relance, en lui donnant une carte de souscripteur avec un numéro vert gratuit, qui peut « s’il le désire », aider sa famille au moment de son décès. Mais derrière ce numéro vert se cache la plateforme à distance des conseillers du groupe OGF, partenaire historique de l’assureur Aviva. « L’idée, c’est que dans la panique, après le décès de Clément W., la famille appelle ce numéro plutôt qu’un autre. », souligne Ophélie Chauffert, gérante d’un établissement indépendant de pompes funèbres dans la Marne. « Les conseillers vont naturellement orienter les proches, qui pensent que c’est le choix du défunt, vers une boutique OGF. Pour moi, c’est clairement du détournement de clientèle. »

 

De son côté, OGF dément toute pratique illégale. « C’est un service apporté en plus du capital assuré, pour décharger les proches au moment du décès. », reconnait Jean Ruellan, directeur marketing du groupe OGF. « Je ne vois pas où est le soupçon. L’entente n’existe pas. La carte souscripteur, c’était de l’information. Et d’ailleurs, maintenant, ça n’existe plus. »

 

Consulté sur cette pratique, l’auteur de la loi sur la concurrence, le sénateur PS du Loiret Jean-Pierre Sueur dénonce « un détournement du contrat obsèques pour en faire une opération financière. », et ajoute « qu’un grand nombre de ces contrats est contraire à la loi, il faut les contester devant les tribunaux et porter plainte. », conseille-t-il.

 

Les derniers opérateurs indépendants du réseau Funéris dénoncent sur leur site ce qu’ils considèrent comme une entente entre les banques, les assurances et les grands groupes du funéraire. « Nous allons porter plainte pour concurrence déloyale. », annonce Thierry Ceotto, gérant du Funéris de Vitry-le-François. « On a de plus en plus d’exemples de familles qui se plaignent de cette complexité administrative, et ne choisissent plus librement leur opérateur funéraire. C’est vous qui devez choisir votre opérateur funéraire, pas le contraire. »

 

 

Des commissions cachées illégales 

Une autre pratique illégale peut surprendre lorsque l’on examine certaines factures d’obsèques.

 

Des commissions, rebaptisées « frais de dossiers« , sont imposées quand un grand groupe funéraire fait appel à son concurrent pour enterrer une personne dans une ville où ce groupe n’a pas de magasin. Cette commission s’élève à 10 % du capital ou davantage parfois. De l’argent en moins pour les familles. « Comment voulez-vous que ça ne se répercute pas sur la facture finale ? » s’exclame Thierry Ceotto. « Cela explique en partie l’envolée des prix. », s’indigne Ophélie Chauffert, du réseau Funéris. « Les 10 % en question, il faut bien les payer. Le capital disponible pour la famille est forcément réduit. On peut considérer cela comme du racket. »

 

Simone P.* fait partie de ces personnes abusées. Elle a conclu un contrat obsèques avec la Banque postale, partenaire du groupe Le choix funéraire. Sauf que Simone P. indique à sa famille qu’elle souhaite être enterrée par l’enseigne familiale proche de son village, qu’elle connait bien. La Société UDIFE-Le choix funéraire, qui n’a personne sur place, va alors mandater l’enseigne locale en lui imposant une commission de 10 %. Le capital pour financer les obsèques de Simone P. était de 3 000 euros, facturé à la petite enseigne 3 240 euros.

 

La Banque postale ne dément pas ce cas précis, et condamne ce type de pratiques. « En aucun cas la famille du défunt ne doit être facturée en supplément pour les prestations choisies par contrat, nous écrit-elle dans un communiqué. Si tel était le cas, nous serions aux côtés de notre partenaire Le Choix funéraire pour que la famille soit remboursée de la somme exigée par le prestataire indélicat. »

 

Ces commissions abusives, si elles sont répercutées sur les familles, sont punies par la loi, qui prévoit jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

 


 

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Funérailles - 1

Photo : pour illustration

 


 

Source :

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F16507

https://www.gouvernement.fr/guide-victimes/organiser-les-obseques

https://www.franceculture.fr/economie/les-derives-du-commerce-des-obseques

https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/secteur-funeraire-des-pratiques-deloyales

https://www.capital.fr/lifestyle/pompes-funebres-un-business-qui-prospere-dans-lombre-1313801

https://www.bfmtv.com/societe/les-obseques-coutent-de-plus-en-plus-cher-en-france-843399.html

https://www.capital.fr/economie-politique/pompes-funebres-crematorium-la-cour-des-comptes-denonce-lopacite-des-tarifs-1326456

https://www.francetvinfo.fr/economie/3-600-euros-pour-une-cremation-3-350-euros-pour-un-enterrement-la-cour-des-comptes-denonce-les-tarifs-des-pompes-funebres_3176599.html

 

Article :

France culture / France tv info

 

Vidéo :

[1] Obsèques Enterrement Crémation Funérailles. COMMENT CA MARCHE ? Comment se déroule un enterrement ? – Touchands

[2] Frais d’obsèques des députes et de toute leur famille payes par nos impôts – Balvenie11

[3] Les pompes funèbres, pompes à fric ? – On n’est plus des pigeons !

4 commentaires

  1. Mon plus jeune voulait être thanatologue et ses études allaient bien .. sauf qu,on lui a dit qu’il fallait aussi être un bon vendeur pour les tombes
    il a tout lacher. Il ne voulait pas embaumer et essayer de soutirer beaucoup d’argent pour l’enterrement

    Aimé par 1 personne

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