Convoqué par la DGSI, le journaliste de Disclose Michel Despratx raconte son interrogatoire [Vidéo]

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Au cours des derniers mois, plusieurs journalistes ayant enquêté sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen ont été entendus par les services de renseignement. Des médias s’inquiètent pour la liberté de la presse et la protection de leurs sources.

 


 

Time : 4 mn 43 / [1]

 


 

YÉMEN – L’organisation « Reporters sans frontières » dénonce une « tentative d’intimidation ». En quatre mois, une dizaine de journalistes a été convoquée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Tous ont en commun d’avoir enquêté sur des sujets sensibles concernant les plus hauts sommets de l’État.

 

Dernière de cette série inédite touchant la profession en France, la journaliste du Monde Ariane Chemin a été entendue mercredi 29 mai par les services de renseignement, au siège de la DGSI à Levallois-Perret, dans le cadre d’une enquête pour « révélation de l’identité d’un membre des forces spéciales » après des révélations sur l’affaire Benalla.

 

Mais si cette convocation concerne le scandale politique le plus suivi de la dernière année, c’est une autre affaire qui a contraint la plupart des journalistes convoqués à se rendre devant la police.

 

Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article, le journaliste Michel Despratx, comme d’autres de ses collègues du nouveau site web d’investigation Disclose, a été convoqué au sujet de son travail sur l’usage d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite.

 

Selon des documents révélés par Disclose en avril, le deuxième plus gros client mondial d’armement français utiliserait des armes fabriquées dans l’Hexagone contre des zones civiles yéménites. Des révélations choc qui contredisent les multiples démentis du gouvernement à ce sujet depuis plusieurs mois.

 

 

Chars Leclerc - Yemen

Chars Leclerc – Made in France – Yemen

 

 

Des questions dignes du baccalauréat

Au micro du HuffPost, Michel Despratx raconte son passage devant les services de renseignement, mardi 28 mai. « La majorité des questions étaient destinées à en savoir plus sur nos sources. », s’inquiète le journaliste, surpris d’avoir fait face à des interrogations portant davantage sur le « civisme » des journalistes que son travail.

 

« Ils ont terminé par une question qui ressemblait à une question de baccalauréat passionnante, mais à laquelle il n’avait pas lieu de répondre : accordez-vous autant d’importance à la loi de 1881 (qui protège le secret des sources journalistiques) qu’à la loi protégeant le secret défense nationale ? », s’étonne Michel Despratx.

 

Comme ses autres confrères et consœurs convoqués, le journaliste a refusé de répondre aux questions de la DGSI, prétextant que des réponses porteraient « atteinte à la protection de ses sources ».

 


 

« C’est un document qui prouve sans aucune contestation possible que le gouvernement a menti aux Français. »

 

Michel Despratx

 


 

Pour Michel Despratx, « l’intérêt public » des révélations de Disclose l’emporte ici sur le secret défense. « C’est légitime de révéler ce document car il ne met en danger aucune vie, aucun agent ou militaire sur le terrain. », justifie le journaliste, avant d’ajouter : « Ce document a aussi l’immense avantage de révéler une information d’intérêt public qui devrait normalement faire l’objet d’un débat qui dépasse le choix discrétionnaire d’un ministre ou d’un gouvernement ».

 

 

Canons Caesar - Yemen

Canons Caesar – Made in France – Yemen

 

 

Des livraisons qui se poursuivent ?

Lors d’une audition parlementaire dont le compte-rendu a été publiée mercredi, la ministre française des Armées, Florence Parly, a fait valoir que les exportations controversées d’armement français sont indispensables pour « maintenir la viabilité de notre industrie de défense », tout en assurant que les équipements vendus à Ryad et Abou Dhabi ne sont pas utilisées « contre des civils » au Yémen.

 

Pendant ce temps, Disclose a révélé mardi 28 mai que des livraisons d’armement français se poursuivraient à destination de l’Arabie saoudite. Selon les nouvelles informations du site, le cargo Bahri Tabuk, stationné au port de Marseille-Fos, serait sur le point de charger des canons Caesar pour les  de munitions pour les canons Caesar français, à destination de Jeddah, sur les rives de mer Rouge.

 

De son côté, l’armateur a toutefois démenti toute livraison d’armes. « Le navire va charger demain (mercredi), pour le compte de (l’entreprise allemande) Siemens, des stations mobile d’électricité à usage civil, et cela représente 100% de sa marchandise. », a affirmé à l’AFP un porte-parole de la société Shipping Agency Service, qui représente en France l’armateur saoudien Bahri : « Les informations sur un chargement d’armes ou d’explosifs sont complètement bidons ».

 


 

Macron et Mohammed Ben Salmane

Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salmane / pour illustration

 


 

Source :

https://made-in-france.disclose.ngo/fr/chapter/yemen-papers

https://www.franceinter.fr/info/revelations-voici-la-carte-des-armes-francaises-au-yemen-selon-un-rapport-confidentiel-defense

https://www.huffingtonpost.fr/entry/convoque-par-la-dgsi-le-journaliste-michel-despratx-raconte-son-interrogatoire_fr_5cee596ae4b0975ccf5dd80c?utm_hp_ref=fr-homepage

 

Article :

Huffingtonpost

 

Vidéo :

[1] Convoqué par la DGSI, le journaliste de Disclose Michel Despratx raconte son interrogatoire – LeHuffPost / YouTube

4 commentaires

  1. On en parle sur France Inter :
    Ariane Chemin : « c’était fait d’une manière habile. On ne m’a pas demandé directement quels étaient mes sources. Je n’ai pas révélé le nom de … (mais à son sujet) il y a une enquête pour corruption qui est ouverte au parquet national financier … soupçonné d’avoir participé à un contrat (douteux) … parce-qu’il était proche de milieu pas très fréquentable … suspendu de ses fonctions par le ministre des armées, il le dit pas Jean Yves le Drian … (révéler cela) ça ma parait être un intérêt légitime pour le lecteur. »

    Oui les armes vendues à l’Arabie Saoudite sont bien utilisés au Yémen contre des civiles et contre des enfants.
    Benoît Collombat ( Benoît Collombat, journaliste français de radio travaillant à la rédaction de France Inter depuis 1994 en qualité de grand reporter) : « Yémen : on parle de la pire catastrophe depuis la seconde guerre mondiale.
    Ce que je trouve préoccupent : C’est une logique antiterrorisme qui est appliqué au journalisme : … affaire Benalla : c’est une affaire d’état, armes françaises au Yémen : c’est un mensonge d’état. C’est comme si on criminalisait le travail journalistique sur des sujets qui sont d’un intérêt général.
    L’état non plus (n’est pas au-dessus des lois). Un secret peut être légal mais on peut questionner sa légitimité. La sureté nationale ne doit pas servir d’étouffoir à des sujets qui sont légitimes.
    On parle de la France qui ne respecte pas les propres traités sur le commerce des armes qu’elle a signée. »

    Les deux : « Il y a une accumulation de faits qui est inquiétante. Convoqués par la gendarmerie pour avoir fait leur travail de journalistes. [ Emmanuel Macron s’emploie depuis depuis deux ans à verrouiller l’information ]. Cela va au-delà du verrouillage.»
    https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-30-mai-2019

    Aimé par 1 personne

      1. Moi ce qui m’inquiète c’est jusqu’où ils vont aller? les disparitions ça va vite.. sincèrement dès qu’un journaliste parle je m’inquiète pour sa vie… Elise Lucet je me dit à chaque émission « j’espère que tu vis en dehors de la France dans une cachette improbable » c’est grâce à des gens comme ça qu’on arrivera à sauver la France mais ils se mettent en danger… et pour le moment, peu de gens se rendent compte de ce qui se passe vraiment… enfin certains se réveillent mais pas assez

        Aimé par 1 personne

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