Les influences nazies du management moderne [Vidéo]

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Time : 33 mn 42 / [1]

 

Johann Chapoutot explore les techniques de management du régime nazi. Reinhard Höhn, général SS a créé après-guerre une célèbre école de management ayant formé des centaines de milliers de cadre de l’économie et de l’armée et inculqué le « modèle de Harzbourg ».

 


 

Johann Chapoutot - A

Des cadres évaluant le succès de leurs employés• Crédits : boonchai wedmakawand – Getty

 

 

L’historien Johann Chapoutot publie « Libres d’obéir : le management, du nazisme à la RFA » chez Gallimard, dans lequel il explore les techniques de management du régime nazie.

 

Le management, du nazisme à la mondialisation, ou l’art de produire le consentement et l’illusion d’autonomie chez des sujets aliénés. S’il ne dresse pas un réquisitoire contre le management et s’il ne dit pas non plus qu’il s’agit d’une invention du IIIe Reich, Johann Chapoutot, notre invité, souligne une continuité entre les techniques d’organisation du régime nazi et celles que l’on retrouve aujourd’hui au sein de l’entreprise, en atteste la condamnation récente de l’entreprise France Télécom et de ses trois ex-dirigeants pour « harcèlement moral institutionnel ».

 

Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Sorbonne, et après s’être intéressé au régime nazi dans des ouvrages comme Histoire de l’Allemagne (de 1806 à nos jours), paru aux PUF (Que sais-je) en 2014 ou La Révolution culturelle nazie (Gallimard, 2016), il revient avec Libres d’obéir : le management, du nazisme à la RFA (Gallimard, 2020), où il s’intéresse en particulier aux méthodes de la Menschenführung, qui traduit et germanise le terme américain de management.

 

 

Une organisation optimale de la force du travail

Car, montre-t-il, l’Allemagne du IIIème Reich est le lieu d’une économie complexe où des ingénieurs, juristes, intellectuels  formés par les universités de la république de Weimar et courtisés par les nazis réfléchissent à l’organisation optimale de la force du travail. Le IIIe Reich devient ainsi un moment « matrice » (p.16) de la théorie et de la pratique du management pour l’après-guerre.

 

« Il faut penser la transformation de l’administration, car en matière économique, il faut produire dans des quantités inédites et inouïes dans l’histoire allemande. », Johann Chapoutot

 

Après 1945, les historiens prennent ainsi conscience que le crime de masse a été une industrie basée sur des méthodes d’organisation et de logistique ayant rendu possible une série de crimes que l’on attribuerait plutôt à la barbarie. C’est là la preuve de la contemporanéité du nazisme, ces crimes traduisant des projets politiques et économiques rationnels décidés par des technocrates ou des managers.

 

« Les nazis ont très bien compris que pour produire dans des quantités inédites dans l’histoire, il fallait motiver le « matériau humain » ; que l’on appelle aujourd’hui la « ressource humaine », le facteur de production qui était le facteur travail. », Johann Chapoutot

 

Surtout, Johann Chapoutot souligne un paradoxe : une conception du travail non autoritaire mis en place par un régime illibéral, où employé et ouvrier consentent à leur sort dans un espace de liberté et d’autonomie construits autour de l’imaginaire de la « liberté germanique », un vieux topos entretenu par le Reich pour justifier ce fonctionnement et cette organisation du travail « par la joie » (durch freude). Animés par des politiques sociales et un fonctionnement d’entreprise favorisant le plaisir et le loisir, « l’heure », nous dit Johann Chapoutot, « n’est pas encore aux baby-foot, aux cours de yoga ni aux _Chief Happiness Officers, mais le principe et l’esprit sont bien les mêmes » (p.74) – les travailleurs obéissent à la Führung, une forme de pouvoir qui leur dicte les fins à atteindre mais qui reporte sur eux la responsabilité des moyens, car il n’y a que dans la manière de remplir ces objectifs qu’ils sont libres d’agir.  Des méthodes pensées et prônées par des intellectuels, hauts fonctionnaires et administrateurs soucieux de mener le pays vers la prospérité en enjoignant de faire plus par la souplesse d’esprit, la rapidité d’exécution et la flexibilité.

 

« Les managers nazis reprochent aux Français d’être trop centralisateurs et trop autoritaires. C’est pour ça qu’ils opposent à l’administration à la française, centralisatrice, verticale et hiérarchique (…) le management à l’Allemande, qui, de manière assez contre intuitive pour nous, est libéral. », Johann Chapoutot

 

« L’idée des Nazis est que l’Etat doit être pulvérisé. Dès 1933, ils détruisent l’Etat. », Johann Chapoutot

 

 

Une modernité devenue folle

Parmi ces intellectuels, hauts fonctionnaires et administrateurs, Reinhard Höhn, auquel Johann Chapoutot consacre une grande partie de son essai : ayant échappé aux purges de la dénazification après 1945, ce cadre prometteur du IIIe Reich, protégé d’Himmler, devient directeur de l’Académie des cadres (Akademie für Führungskräfte) fondée en 1956 dans la ville de Bad Harzburg (Basse-Saxe), académie où il enseigne les techniques de management appliquées par le régime nazi aux côtés d’autres anciens membres SS. S’y forment tant le gratin du « miracle économique », cadres de Aldi ou de Opel en passant par Hewlett-Packard et BMW, que ceux de l’armée nationale de la République fédérale d’Allemagne, la Bundeswehr. Car les stratégies managériales de l’armée sont, encore une fois, très proches de celles de l’entreprise. 

 

En outre, à l’heure du virtuel et d’une croissance tournée vers la production mondiale effrénée, où le travail, entre burn out et bullshit jobs, semble ne plus avoir de sens, Johann Chapoutot montre que les nazis apparaissent finalement comme l’image déformée d’une modernité devenue folle, traitant des personnes comme de simples facteurs de production sous des apparences de bien-être et de bienveillance au travail.

 


 

Globalisation

Pour illustration

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Höhn

https://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Chapoutot

https://blogs.mediapart.fr/patrick-cahez/blog/080120/les-influences-nazies-du-management-moderne

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/du-crime-nazi-au-management-moderne-une-histoire-commune

 

Article :

Raphaël Bourgois / France Culture

 

Vidéo :

[1] Les influences nazies du management moderne – France Culture / YouTube

 

Livre :

Libres d’obéir : le management, du nazisme, à la RFA / Johann Chapoutot / Gallimard-essais, 2020

20 commentaires

  1. Quand on sait que l’Union Européenne était d’abord un projet nazi, que des entreprises tant européennes qu’américaines ont fortement aidé Hitler à asseoir sa puissance destructrice et que le premier président de l’U.E. fut un nazi, il n’y a pas lieu de s’étonner. Le nazisme est toujours présent en Europe mais sous d’autres vocables trompeurs ! Voir lien suivant :
    http://akimaladin.unblog.fr/2019/03/27/les-origines-nazies-et-franc-maconnes-de-leurope/

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour le lien.

      Antony Sutton…

      Je me permets de vous recommander ces 3 ouvrages si vous ne les connaissez pas :

      Wall Street et la révolution bolchévique (1974).
      Wall Street et l’ascension de Hitler (1976).
      Wall Street and FDR (1976).

      Aimé par 1 personne

      1. Un autre qui me semble également incontournable :

        Des pions sur l’échiquier – Commander William Guy Carr (édité en 1955).

        Titre en anglais : Pawns in the Game.

        Tout est sourcé…

        Le Commodore William Guy Carr (1895-1959), de la Marine Royale Canadienne [RCN Æ Ret’d], fut longtemps membré des Services de Renseignements et se consacra à partir de 1931, sauf pendant l’interruption de la guerre, à des tournées de conférences destinées à faire connaître la « Conspiration Internationale ». Il apporte bon nombre de preuves à l’appui de ses dires et des documents de première main, la plupart secrets et inédits.

        L’ouvrage contient le récit de faits historiques échelonnés sur les trois derniers siècles, faits qui ne sont révélés nulle part ailleurs, sauf en de rares et fragmentaires exceptions.

        Au cours des dix-huit chapitres de son livre, William Guy Carr nous dévoile tout le programme de domination universelle ainsi que les machinations occultes destinées à provoquer les diverses révolutions et guerres.

        W.G. Carr nous montre que le danger est sur nos têtes — et davantage encore plus de soixante ans après la parution de l’édition canadienne originale !…

        Aimé par 1 personne

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