Coronavirus : situation hors-de-contrôle – pour ce médecin, la logique de tri est commencée en Île-de-France

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Time : 3 mn 14 / [1]

 

Jean-François Corty, ex-directeur des opérations internationales de Médecins du Monde et aujourd’hui médecin dans une clinique parisienne, raconte au HuffPost la « médecine de catastrophe » actuellement mise en œuvre.

 


 

Hôpital - 1

Pour illustration

 

 

Les 1.500 lits de réanimation que possèdent les hôpitaux d’Ile-de-France étaient quasiment tous occupés vendredi soir. Sans amélioration à attendre ces prochains jours, des transferts de patients vers d’autres régions sont à prévoir. Cette crise sanitaire pourrait pousser les praticiens à mettre en place un tri des patients.

 

Depuis des semaines, c’est le point de bascule redouté. Ce moment où des choix devront être faits entre les patients, en raison de la saturation des services de réanimation. Alors que la pandémie de coronavirus a franchi le cap des 25.000 morts dans le monde, Jean-François Corty, médecin dans une clinique parisienne, affirme dans une interview au HuffPost que cette “logique du tri” est commencée en Île-de-France

 

Pour cet ex-directeur des opérations de Médecins du Monde (2008-2018) habitué des missions humanitaires (Liberia, Afghanistan, etc.), la France est dorénavant confrontée à une « situation exceptionnelle » de « médecine de catastrophe ».

 

 

Le HuffPost : Quelle est la situation dans votre clinique ?

Jean-François Corty : Depuis une semaine, on ne peut plus transférer vers les urgences de Paris et les services de réanimation des patients âgés qui seraient confirmés au coronavirus. En général, ce sont des patients d’un certain âge, qui ont des pathologies ou maladies associées.

 

Mais aujourd’hui, ce qui est faisable en temps normal, c’est-à-dire les référer en réanimation pour les sauver, ne peut pas être fait parce que les lits de réanimation sont préservés pour les patients plus jeunes avec plus de chances de survie.

 

 

On est donc déjà entré dans cette logique de “tri”?

Oui. En Île-de-France, depuis une semaine, on est dans cette logique de tri, nécessaire au regard des infrastructures et de la capacité d’absorption des cas graves, que ce soit dans les cliniques ou hôpitaux de Paris. Aujourd’hui, on priorise des personnes qui auront la capacité de supporter en moyenne de 10 à 15 jours de réanimation.

 

Concrètement, lorsque vous présentez un tableau de gravités, notamment avec une insuffisance respiratoire, soit vous êtes pris en réanimation car on estime que vous avez des chances de survie, soit vous on fait des soins palliatifs. Dans un autre contexte, ces soins palliatifs n’auraient pas lieu. En Île-de-France, le soin palliatif est aujourd’hui au cœur du dispositif de prise en charge des cas les plus graves.

 

 

Dans quelles conditions matérielles travaillez-vous ? Faites-vous face à une pénurie de masques ?

C’était un peu tendu en terme de masques FFP2, mais c’est en train d’arriver doucement. On a surtout du matériel pour faire du soin palliatif, c’est-à-dire pour de la sédation, ou encore de la morphine, de manière à aider les gens à mieux vivre les séquences terminales.

 

 

Au regard de votre expérience dans l’humanitaire, le terme de « médecine de guerre » est-il approprié ?

Je dirais plutôt une médecine de catastrophe. Dans un temps très court, on a un nombre important de patients à prendre en charge. Aujourd’hui, même si la communication politique se fait autour de la sémantique guerrière pour accentuer la dramaturgie et faire comprendre aux citoyens que la situation est grave, on ne risque pas de se prendre une bombe sur la tête.

 

On est donc plutôt dans une médecine de catastrophe où il faut faire le tri entre nos patients, certains que l’on aurait pu sauver dans un autre contexte mais qu’on ne sauvera pas aujourd’hui.

 

 

Les soignants en France sont-ils préparés à cela ?

Les soignants ne sont pas forcément formés à l’idée de faire le tri, dans le contexte où on a l’ingénierie, la capacité et les connaissances pour soigner certaines maladies. C’est une situation particulièrement douloureuse.

 

Cette approche palliative est difficile à assumer d’un point de vue éthique et médical, qui ne tombe pas sous le sens dans nos pays. Avec des humanitaires, on était préparés à ce genre de situation, même si ce n’est pas sans douleur.

 

 

Auriez-vous imaginé vivre cela un jour dans un pays développé ?

Aujourd’hui, c’est le contexte sanitaire qui s’impose à nous. Les autorités doivent maintenant gérer un virus avec une mortalité importante, sans vaccin et avec des traitements encore peu sûrs.

 

On est dans un moment difficile… J’imagine que ce moment passé, il y aura forcément des comptes à rendre vis-à-vis de nos politiques d’ajustement structurel et de restriction (budgétaire) qui, depuis 20 ans, touchent les pays du Nord. C’est un ultra-libéralisme assez fort qui fait que la puissance publique s’affaiblit. L’État-providence perd un peu de son efficacité.

 

Pour faire face à ce genre de situation cataclysmique, il faut des États forts.

 


 

Time : 2 mn 39 / [2]

 


 

Coronavirus

Pour illustration

 


 

Source :

https://www.srlf.org/wp-content/uploads/2020/03/ARS-ETHIQUE-COVID-final.pdf

https://www.20minutes.fr/societe/2749539-20200327-coronavirus-situation-hors-controle-hopitaux-franciliens-bord-saturation

https://www.huffingtonpost.fr/entry/jean-francois-corty-medecin-en-ile-de-france-on-est-dans-cette-logique-de-tri_fr_5e7e25b0c5b66149226666c3

 

Article :

Pierre Tremblay, Journaliste / Huffingtonpost

 

Vidéo :

[1] Pour ce médecin, la « logique de tri » est commencée en Île-de-France – LeHuffPost / YouTube

[2] Les hôpitaux parisiens vont-ils craquer ? – LCI / YouTube

11 commentaires

  1. Courage à tous,
    Pourtant le traitement à l’hydroxicloroquine + azithromycine semble donner de bons résultats (pour le peux qu’on le donne au plus tôt et pas comme indiqué par le décret qu’aux cas désespérés en vue de le discréditer)
    Ci-dessous une vidéo d’un collègue du Pr Raoult (qui est passée ~le 22-23/03 sur LCI à 23h39???)

    Désolé si je retarde d’une guerre (p-ê que d’autres décrets sont passés depuis), j’essaie de m’éloigner un peu du bruit médiatique

    Aimé par 1 personne

  2. Faut-il à tout prix garder des incompétents au Pouvoir?
    Quand le Peuple voudra, s’il le veut (peut-on en douter), il pourra s’occuper de l’Elysée et consoeurs-confrères en palais de connaissseurs… YAKA, mais pour une fois ce YAKA peut-être réalité. Il suffit que vous le vouliez….

    02/04/2020 – https://wp.me/p4Im0Q-3Ab
    – Vous avez droit à 8 500€ par an (en plus de ce que vous percevez actuellement), pour 40 millions de personnes, individuellement ou vous pouvez permettre de créer 13 millions d’emplois, collectivement. Que choisissez-vous. Si cela ne pourra se faire qu’en 2022, il est important de savoir maintenant.

    Aimé par 1 personne

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