En Corée, ils clonent leurs chiens [Vidéos]

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Time : 3 mn 43 / [1/2]

 


 

 

 

L’entreprise sud-coréenne Sooam Biotech est la seule au monde à offrir un service commercial de clonage de chiens : 100.000 dollars pour obtenir une copie de votre animal disparu.

La clientèle de Sooam Biotech est constituée de riches clients du monde entier qui envoient à Séoul des échantillons d’ADN prélevés sur leur chien avant sa mort, dans l’espoir inconscient de « ressusciter » leur animal.

 

Mais la personnalité d’un clone peut être différente de celle de l’original, prévient Hana Song, vétérinaire et chercheuse au sein de la fondation Sooam Biotech : « Les clients trouvent que la personnalité des chiens clonés est très similaire, ils me disent que leur comportement est le même que celui de leur animal décédé. Mais en fait, ces comportements peuvent varier ! C’est la façon dont vous élevez votre chien qui va affecter sa personnalité. »

 

Sooam Biotech a aussi signé un accord avec la police sud-coréenne pour cloner ses meilleurs chiens policiers. 37 chiots clonés ont ainsi été fournis par l’institut en 2013. Certains de ces clones ont été affectés au contrôle des bagages de l’aéroport international d’Incheon, qui dessert Séoul.

 

 

Corée du Sud, au pays des chiens clonés

En Corée du Sud, 80 % des chiens renifleurs dans les aéroports sont des clones. La production de chiens clonés, à usage policier ou commercial, se généralise dans le pays avec le soutien des autorités, en dépit des protestations des associations de défense des animaux.

 

Aéroport international d’Incheon en Corée du Sud : son terminal flambant neuf, ses robots qui guident les voyageurs, ses écrans géants et… ses chiens clonés. Dans les aéroports coréens, 80 % des chiens qui reniflent les bagages en quête de produits interdits, drogues ou autres sont des clones, c’est-à-dire des copies génétiquement identiques d’autres chiens, révèle l’agence de presse Yonhap.

 

 

75 000 € la copie

Selon des spécialistes cités par l’agence, dresser un clone coûterait deux fois moins cher qu’un animal non cloné : comme son ADN provient de chiens de détection qui ont déjà fait leurs preuves, les dresseurs ne perdent pas de temps à former des animaux qui feront de mauvais renifleurs.

 

Quarante-deux clones sont employés par l’agence coréenne de quarantaine. Ils ont été produits par Sooam Biotech. Fondée par le sulfureux professeur Hwang Woo-suk (lire les repères en fin d’article), cette clinique privée de clonage basée à Séoul est l’une des très rares entreprises au monde à offrir un service commercial de clonage de chiens, les canidés étant réputés particulièrement difficiles à cloner.

 

De riches clients affluent du monde entier pour obtenir une copie de leur animal décédé. Prix : 75 000 €. Sooam Biotech assure produire entre 100 et 200 clones par an.

 

 

« Nous ne pouvons pas garantir que le chien cloné aura exactement la même personnalité »

« Je recommande à nos clients d’agir rapidement dès le décès de leur chien, parce que les cellules se détériorent vite »explique sa représentante Claire Arnaud. « Le corps doit être préservé entre 2 et 5 °C. Il ne doit surtout pas être congelé. Il faut ensuite prélever un morceau de peau ou de muscle. ». Cet échantillon est envoyé à Séoul, où les chercheurs de Sooam Biotech extraient le noyau des cellules (qui contient l’ADN), puis l’injectent dans un ovocyte (une cellule sexuelle femelle). Ils obtiennent après traitement un embryon, lequel est inséré dans l’utérus d’une mère porteuse. C’est ainsi que peut naître deux mois plus tard un chiot, copie conforme de l’animal décédé.

 

« Nous pouvons même cloner un chien à partir de son urine ; plus précisément à partir des cellules, comme celles des reins, retrouvées dans son urine », poursuit Claire Arnaud. « L’animal est physiquement le même, mais nous ne pouvons pas garantir au client que son chien cloné aura exactement la même personnalité que l’original », précise-t-elle. « La personnalité est aussi déterminée par la façon dont le chien a été élevé. Mais les clients veulent voir leur animal décédé dans le clone. »

 

Sooam Biotech affirme que l’argent gagné grâce au clonage commercial est investi dans la recherche, notamment pour séquencer le génome humain et lutter contre la sclérose en plaques, le diabète et Alzheimer. Elle prétend également vouloir sauver des espèces en voie de disparition… voire les ressusciter.

 

 

Des souffrances infligées aux chiens

Les autorités font aussi appel aux services de Sooam Biotech. Outre l’agence de quarantaine, la police nationale lui a commandé des dizaines de clones, au grand dam des associations de défense des animaux qui s’inquiètent des souffrances infligées aux chiens. « Ils subissent des opérations chirurgicales, des prélèvements d’ovocytes, des injections d’hormones, des implantations d’embryons. Les mères porteuses vivent dans des lieux confinés où elles produisent à intervalles réguliers des chiots clonés », critique Borami Seo, directrice de la branche coréenne de l’ONG Human Society International.

 

« Les clients doivent savoir que cloner un chien signifie en sacrifier des dizaines d’autres. Pour un clone, entre 50 et 60 ovocytes sont nécessaires », renchérit Jay, directeur de l’association Beagle Rescue Network. Son ONG a révélé qu’un beagle cloné appelé Mei, mis à la retraite par l’agence de quarantaine, était mort après avoir subi des expériences dans un laboratoire de l’université nationale de Séoul. Les photos du chien, amaigri et blessé, ont soulevé un début de débat public dans une société jusqu’ici peu sensible à la question.

 

Même si le regard sur le chien change. Il devient un animal de compagnie de plus en plus apprécié, et la consommation de sa viande se raréfie. Une pétition mise en ligne sur le site de la présidence coréenne a reçu 217 000 signatures. Face aux critiques, l’université a cessé les expériences financées par le ministère de l’agriculture.

 

« En matière de clonage humain, la loi coréenne est devenue très stricte après le scandale des travaux frauduleux de Hwang Woo-suk. En revanche, il n’existe aucune réglementation concernant le clonage animal. La loi de protection animale est muette sur le sujet », regrette Borami Seo.

 

 

Manque de transparence

Une autre ONG, Kara (Korea Animal Rights Advocates), accuse Sooam Biotech d’exploiter les animaux qui sont élevés pour leur viande, dans de terribles conditions, dans de nombreuses fermes à chiens. « Si le bien-être des animaux était respecté, alors cloner un chien de détection coûterait beaucoup plus cher que de recourir à des chiens nés naturellement », assure Jeon Jin-kyoung, sa représentante. « Ce désir d’échapper à la mort par le clonage provient d’une vision erronée de la vie. Ce n’est pas par leurs gènes que les humains et les chiens nouent des liens entre eux. »

 

Sooam Biotech réfute ces accusations. Ses chercheurs « ont un vrai amour des animaux, sont très conscients des enjeux éthiques et font beaucoup d’effort pour minimiser la souffrance animale », assure Claire Arnaud. Selon elle, aucun chien ne meurt pendant le processus de clonage, les malformations à la naissance sont rarissimes, et les clones ne sont pas atteints de maladie, ou d’espérance de vie plus courte.

 

Les associations pointent toutefois un manque de transparence. Jeon Jin-kyoung redoute en outre que ces expériences animales n’ouvrent la voie au clonage humain : « N’est-ce pas l’objectif final ? Tout ce qui arrive aux animaux finira par arriver aux humains. Hwang Woo-suk avait d’ailleurs eu recours à des méthodes controversées pour récolter des ovocytes de femmes. » Mais jusqu’ici rien ne semble entamer la confiance des autorités dans le clonage. Et celles-ci continuent de financer les activités de Sooam Biotech et d’autres laboratoires.

 

 

Sooam Biotech ne s’intéresse pas qu’au clonage commercial

Après avoir réussi en 2011 à cloner des bébés coyotes en utilisant des ovocytes de chien, l’entreprise s’est ensuite lancée dans un projet qui relève de la science-fiction : cloner un mammouth. L’idée est en théorie très simple : faire porter par une femelle éléphant un embryon cloné de l’animal disparu. Reste à trouver de l’ADN de mammouth…

 

C’est pourquoi Hana Song et ses collègues sont partis en Sibérie, accompagnés d’une équipe de scientifiques russes : « Aujourd’hui, le permafrost en Sibérie est en train de fondre, et on peut donc trouver beaucoup d’échantillons de mammouths. Nous avons pu découvrir de l’ADN intact dans de la moelle osseuse. Mais, étant donné notre technologie actuelle, nous avons besoin d’une cellule viable entière, et nous sommes toujours en train de la chercher. »

 

 

Un scientifique contesté

Hwang Woo-suk, le fondateur de Sooam Biotech, est un chercheur très controversé. Il est le premier scientifique au monde à avoir réussi en 2005 le clonage d’un chien, mais a été mis au ban de la communauté scientifique l’année suivante pour avoir falsifié les résultats de ses recherches concernant les cellules souches et le clonage d’embryons humains. Expulsé de son université, il a alors créé son entreprise privée… dont les activités continuent de soulever beaucoup d’inquiétudes.

 

« Au cours des recherches de la fondation Sooam, de nombreux animaux sont sacrifiés et meurent. Les expériences du professeur Hwang me mettent en colère. Il affirme que ses expériences sur des animaux sont de la science, mais tout ce qu’il fait, c’est jouer avec des êtres vivants. Les régulations contrôlant les expériences animales et le clonage ne sont pas assez sévères en Corée », souligne Jo Hee-kyung, présidente de l’Association pour la Liberté des Animaux à Séoul.

 


 

Repères : Quinze années de clonage

 

 

2004 : L’équipe de Hwang Woo-suk de l’université nationale de Séoul annonce l’obtention d’une lignée de cellules souches à partir de clones d’embryons humains.

 

2005 : La même équipe annonce la naissance de Snuppy, le premier chien cloné au monde.

 

2006 : Accusé de fraude scientifique et de manquements à l’éthique, Hwang Woo-suk est exclu de l’université. Il fonde la clinique Sooam Biotech.

 

2008 : Sooam clone Trakr, un chien sauveteur qui s’est illustré lors des attentats du 11-Septembre à New York.

 

2009 : Hwang Woo-suk est condamné à deux ans de prison pour avoir obtenu illégalement des ovocytes humains, condamnation confirmée en 2014 par la Cour suprême (peine réduite à dix-huit mois).

 

2012 : Coopération entre Sooam Biotech et la police coréenne pour cloner des chiens policiers.

 


 

Time : 7 mn 18 [Vostvfr] / [2/2]

 


 

Source :

http://en.sooam.com/main.html

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/Coree-Sud-pays-chiens-clones-2019-06-11-1201028028

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-plus-france-info/coree-du-sud-le-clonage-de-chiens-en-plein-boom_1749139.html

 

Article :

Frédéric Ojardias / Radio France / France Tv Info / La Croix

 

Vidéo : 

[1] En Corée, ils clonent leurs chiens – Documentaire Société / YouTube

[2] The Science Behind Dog Cloning – Tech Insider / YouTube

 

Photo :

Pour illustration

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