La servitude volontaire – Etienne de La Boétie [Vidéo]

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Time : 36 mn 38 / [1/1]

 

Alors qu’il est âgé de seize ans, Etienne de La Boétie écrit l’un des textes les plus radicaux sur les rouages de la domination politique. Selon La Boétie, si le peuple est opprimé, la faute n’en revient pas aux tyrans mais au peuple lui-même. Ce mécanisme porte un nom : la servitude volontaire.

 

Ecoutez la parole de celui qui n’a que 16 ans quand il rédige ce texte plein de sagesse…

 


 

Etienne de La Boétie (1530-1563), écrivain humaniste et poète français

 

 

Comment la servitude peut-elle être volontaire ? Comment peut-on avoir le désir de se soumettre ? Autant vouloir ne plus vouloir, ou réclamer librement de porter des chaines aux pieds. Pourtant, c’est comme ça que ça marche : telle est l’étrange et imparable leçon du discours de « La servitude volontaire ».

 

Le Discours de « La servitude volontaire » ou le « Contr’un » est un ouvrage rédigé par Étienne de La Boétie. Publié en latin, par fragments en 1574, puis intégralement en français en 1576, il a été écrit par La Boétie à l’âge de 16 ans.

 

Ce texte consiste en un court réquisitoire contre l’absolutisme qui étonne par son érudition et par sa profondeur, alors qu’il a été rédigé par un jeune homme. Ce texte pose la question de la légitimité de toute autorité sur une population et essaie d’analyser les raisons de la soumission de celle-ci (rapport « domination-servitude »).

 

L’originalité de la thèse soutenue par La Boétie est de nous démontrer que, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent quand ils pensent que la servitude est forcée, elle est en vérité toute volontaire. Combien, sous les apparences trompeuses, croient que cette obéissance est obligatoirement imposée. Pourtant, comment concevoir autrement qu’un petit nombre contraint l’ensemble des autres citoyens à obéir aussi servilement ? En fait, tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres.

 

« Chose vraiment surprenante (…) c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir, puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel. », Etienne de La Boétie.

 

Pour La Boétie :

« Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. »

 

« Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. »

 

« Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte. »

 

 

La tyrannie s’assimile à une pyramide fondée sur le contrôle social : « Cinq ou six ont eu l’oreille du tyran […]. Ces cinq ont six cents qui profitent sous eux, et qui font de leurs six cents ce que les six sont au tyran […] ces six cents en maintiennent sous eux six mille… ». Une majorité a alors intérêt à la tyrannie. La structure hiérarchique du pouvoir permet d’enfermer la majorité dominée en différents sous-groupes intermédiaires.

 

Marcel Conche résume cette pyramide des intérêts en une formule : « Le tyran tyrannise grâce à une cascade de tyranneaux, tyrannisés sans doute, mais tyrannisant à leur tour ».

 

Texte bref, parfaitement construit, scintillant, paradoxal et beaucoup plus conservateur qu’on n’a voulu le penser, le discours de « La servitude volontaire » d’Etienne de la Boétie est un mode d’emploi pour ne pas être dupe du pouvoir, car ce n’est pas en luttant contre la tyrannie qu’on parvient à l’abattre, mais en comprenant ses mécanismes qu’on parvient à ne pas la subir, ni la désirer.

 

Telle est l’étrange et imparable leçon du discours de « La servitude volontaire » à méditer…

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Étienne_de_La_Boétie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire

 

Vidéo : 

[1] LA BOÉTIE – La servitude volontaire – Le Précepteur / YouTube

 

Photo :

Pour illustration

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