Comment nos déchets marins pharmaceutiques perturbent les poissons

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Les océans sont les poubelles du monde. On y trouve de tout. Du plastique bien sûr, mais aussi de nombreux médicaments sous forme de microparticules, pour le plus grand malheur de la faune marine.

 

Ingurgités par les êtres humains, les antibactériens, pilules contre la douleur, antidépresseurs et autres sont déversés dans les égouts, avant de transiter par des usines de traitement des eaux usées, rarement conçus pour traiter ces produits chimiques. Ces substances finissent dans les rivières, puis terminent leur périple dans les mers, où les poissons en tous genres avalent ce véritable cocktail pharmaceutique insidieux.

 

Cette « soupe de drogue », comme l’appelle le média Science Alert, n’est pas sans conséquence pour les espèces marines. Elle affecterait toute une palette de comportements des poissons, jusqu’à les transformer en véritables zombies, selon une nouvelle étude dirigée par Giovanni Polverino de l’Université d’Australie-Occidentale et publiée dans le journal scientifique Proceedings of the Royal Society B.

 

L’équipe de Polverino s’est concentrée sur un médicament que l’on trouve dans les océans : la fluoxétineconnue sous la marque Prozac. Cet antidépresseur, indiqué également pour différents troubles d’anxiété, est parmi les plus prescrits aujourd’hui en France.

 

Les scientifiques ont observé pendant deux ans l’évolution comportementale de guppys, des poissons de la famille des Poeciliidae, soumis à une concentration de Fluoxétine (Prozac) faible, égale à celle dans les océans, puis élevée. Les résultats font froid dans le dos.

 

 

Des poissons zombies

Shootés aux antidépresseurs, les poissons ont perdu toute « individualité » : ils se sont mis à agir tous de la même manière, ajoute le média scientifique. Même à des taux faibles de fluoxétine, leur comportement évoluait et, à mesure que la dose augmentait, le phénomène s’accentuait lui aussi. Un véritable Walking Dead aquatique.

 

À l’instar des guppys, d’autres espèces ont fait l’objet d’études similaires en laboratoire. Ainsi, sous antidépresseurs, la seiche aurait des problèmes de mémoire. Le Prozac ne sied pas plus à la crevette qui, une fois droguée, a tendance à nager vers les sources lumineuses -là où, en milieu naturel, se situent de nombreux prédateurs.

 

Le dernier barreau de cette échelle compliquée vient d’être découvert par des chercheurs de l’université de Milwaukee-Wisconsin (USA), dans une étude encore en cours et pas encore publiée : les poissons vivant dans des eaux contaminées par des antidépresseurs deviennent anxieux, anti-sociaux et développent, dans certains cas, des tendances meurtrières.

 

Conscients du fait que les antidépresseurs, à forte dose, pouvaient entraîner des anomalies cérébrales chez l’humain, les chercheurs ont voulu savoir si les poissons subissaient les mêmes effets. L’étude s’est donc portée sur des vairons, une petite espèce de poisson vivant en eau douce, provenant tous d’eaux contaminées par de la fluoxétine.

 

 

Poissons meurtriers

En observant ces poissons, les chercheurs se sont rapidement aperçus que les vairons mâles exposés à une dose minimale de fluoxétine présentaient des comportements étranges :

 

  • Ils ignoraient les femelles.

 

  • Ils passaient leur temps cachés sous des tuiles ou des pierres, entraînant une baisse de la reproduction.

 

  • Ils mettaient plus de temps à capturer des proies.

 

 

Enfin, si l’on augmentait la dose de fluoxétine, on observait deux nouvelles réactions :

 

  • Les femelles pondaient beaucoup moins d’œufs.

 

  • Les mâles devenaient agressifs et, dans certains cas, en venaient à tuer les femelles.

 

 

Enfin, dernière étape de l’étude, les chercheurs ont observé de jeunes vairons ayant ingurgité de la fluoxétine pour savoir de quel façon ils échappaient aux prédateurs. Dans leur fuite, les poissons parcouraient de plus longues distances et opéraient de constants changements de direction. Les signes d’une forte anxiété.

 

 

Variations génétiques

Mais comment expliquer scientifiquement ces changements de comportement ? « Il semble que le cerveau des vairons ait subi des changements dans leur structure », explique Rebecca Klaper, professeur de sciences de l’eau à l’Université de Milwaukee-Wisconsin et directrice de l’étude. Le fonctionnement des gènes était en fait brouillé par la fluoxétine. Conséquence : la croissance des axones, fibres nerveuses transmettant les informations au corps, s’en trouvait court-circuitée.

 

La tendance des médicaments rejetés dans les rivières et dans les mers ne devrait pas s’améliorer, bien au contraire. Les scientifiques estiment que le volume de produits pharmaceutiques présents dans l’eau douce pourrait plus que doubler d’ici à 2050rapporte Le Temps.

 


 

En ingurgitant nos antidépresseurs, certains poissons perdent toute « individualité ».

 

Certains deviennent anxieux, anti-sociaux et développent, dans certains cas, des tendances meurtrières.

 


 

Source :

https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rspb.2020.2294

http://www.slate.fr/story/201504/des-poissons-sous-prozac-montrent-comment-nos-dechets-marins-les-perturbent

https://www.sciencealert.com/fish-are-losing-their-individuality-in-an-ocean-laced-with-prozac-scientists-warn

https://www.huffingtonpost.fr/2013/06/13/prozac-les-poissons-deviendraient-agressifs-apres-avoir-ingurgite-des-antidepresseurs-selon-une-etude-americain_n_3435315.html

 

Article :

Robin Tutenges / Slate / Science Alert

Matthieu Carlier, journaliste / Huffington Post

 

Photo :

Pour illustration

4 commentaires

  1. Il est déconseillé de boire la tasse, interdit de prendre un bol d’air…Voilà pourquoi beaucoup ne sont pas dans leur assiette.

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