Mieux prévenir les risques de morsures de chiens

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Pour réduire le risque de morsure de chiens, de 1990 à 2010 de nombreux pays dans le monde ont mis en place des lois BSL (breed specific legislation) pour interdire ou imposer des restrictions (euthanasies, restrictions d’importation et permis de détention) à certaines races de chiens.

 

Certains pays ont fait marche arrière, en abrogeant les BSL ou en s’interdisant d’en créer de nouvelles. Aux Pays-Bas, la BSL de 1993 est abandonnée en 2009, en Italie, elle est abrogée en 2009.

 

En France, la notion de « chiens dangereux » provient de la loi du 6 janvier 1999 et de l’arrêté du 27 avril 1999 adoptés dans un contexte de délinquance. Ces lois définissent les chiens d’attaque comme ceux de première catégorie (morphotype American Staffordshire, par exemple) et les chiens de défense comme deuxième catégorie (par exemple, les chiens de race Rottweiler).

 

 

En 2007 et 2008 sont rendus obligatoires :

Un permis de détention pour les chiens catégorisés, la formation de leurs propriétaires, l’évaluation comportementale par un vétérinaire de ceux-ci ainsi que celle de tout chien ayant mordu une personne. Le pouvoir des maires quant aux chiens dits dangereux est renforcé. L’objectif de l’évaluation comportementale est d’apprécier le danger potentiel que représente chaque chien pour le classer dans l’un des quatre niveaux de risque allant de 1 pour un chien ne présentant pas de dangerosité particulière à 4 correspondants à un risque de dangerosité élevé.

 

 

Elle est obligatoire dans trois situations :

 

  • Pour tous les chiens de 1reou 2e catégorie.

 

  • Pour tout chien ayant mordu une personne.

 

  • À la demande du maire ou du préfet, pour tout chien qu’il considère susceptible de présenter un danger.

 

 

Mieux appréhender la dangerosité des chiens

En 2015, la Direction générale de l’alimentation (DGAl) du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation s’interroge sur la façon de « mieux appréhender la dangerosité des chiens » et sur « la pertinence des mesures de catégorisation par race » et saisit l’Anses, l’agence pour laquelle je travaille, afin d’y répondre.

 

 

Chien - 2

 

 

Ce travail a été traité selon les concepts généraux de l’appréciation du risque tels qu’appliqués à l’Anses (le risque est la probabilité de survenue d’un évènement indésirable (danger) associée à ses conséquences), le groupe d’experts scientifiques a œuvré en s’appuyant sur une revue de la littérature formalisée et approfondie ainsi qu’une enquête en ligne réalisée auprès des vétérinaires évaluateurs français. Cette expertise est fondée sur un corpus de publications de qualité, dont l’analyse par les experts a été encore plus élaborée pour les hypothèses de facteurs de risques pour lesquelles la littérature n’était pas unanime.

 

Toutefois, cette étude a également mis en évidence des biais communs à de nombreuses publications : les facteurs de risque identifiés ne constituent que des hypothèses, aucune étude ne permet d’établir de lien de causalité entre facteur de risque et évènement de morsure.

 

Des biais d’échantillonnage ont été notés dans la plupart des publications, souvent discutés par leurs auteurs (en particulier des biais de recrutement). Par exemple, certaines études présentent un recrutement de leur échantillon étudié dans les hôpitaux or, selon qu’il s’agisse des urgences ou d’un service pédiatrique, les données recueillies peuvent être différentes et non comparables. Les résultats ne sont pas extrapolables à la population en général. D’autres études sont réalisées par recrutement des cas de morsure au sein d’une clientèle vétérinaire généraliste ou de structures spécialisées en comportement. Les questionnaires adressés aux propriétaires peuvent également présenter des biais de recrutement : les femmes ou les personnes particulièrement impliquées dans le monde canin répondent plus souvent.

 

Enfin, pour les populations de chiens étudiées (chiens de catégorie, mordeurs ou agressifs), l’absence de données statistiques fiables en France, comme dans d’autres pays, sur les effectifs de chaque race et types raciaux, ne permet pas, dans la plupart des cas, d’inférence à la population générale canine. On ne peut pas savoir si l’échantillon de l’étude est représentatif de la population générale puisqu’on ne connaît pas celle-ci. Les résultats de l’étude ne sont donc pas extrapolables à la population générale, on ne peut pas tirer de conclusion générale. La difficulté d’obtenir des chiffres d’incidence annuelle des morsures a également été relevée. Les chiffres disponibles ne représentent que des morsures déclarées par les instances officielles et sont certainement très inférieurs au nombre total de morsures. Plusieurs raisons à cela : les morsures bénignes ne sont pas toujours déclarées, et tous les professionnels (par exemple, les médecins ou les pompiers) n’ont pas nécessairement le réflexe de déclaration. Si vous êtes victime d’une morsure, vous pouvez la signaler à la mairie de résidence du propriétaire du chien.

 

 

Les morsures sont rares mais peuvent être extrêmement graves

En France, en 2007, 10 000 morsures ont fait l’objet de mises sous surveillance sanitaire. Il n’existe, cependant, pas d’information sur le nombre de nouveaux cas de morsures, par an dans la population générale.

 

Entre 1984 et 2013, 43 décès ont été répertoriés en France, soit un à deux par an en moyenne. Les patients qui sont hospitalisés sont généralement ceux qui ont des blessures graves aux mains, une infection étendue, ou une perte de tissus nécessitant une intervention chirurgicale. Des jeunes enfants peuvent présenter des traumatismes crâniens. Une veille médiatique conduite de 1984 à 2017 a répertorié 48 victimes décédées suite à une morsure :

 

  • 22 avaient moins de cinq ans (45,8 %).
  • 29 avaient moins de 15 ans (60,4 %).
  • 6 plus de 70 ans (13,3 %).

 

L’analyse de la littérature scientifique a permis d’identifier un ensemble d’hypothèses de facteurs influençant le risque de morsure : 12 facteurs d’émission liés au chien et huit facteurs d’exposition liés à la potentielle victime. Cinq types de conséquences ont été listés. Le constat de l’ensemble de ces facteurs a conduit à la conclusion que la race du chien n’est pas le seul facteur de risque à prendre en compte dans l’évaluation du risque de morsure. Ce risque doit être évalué pour chaque chien en tenant compte de l’ensemble de ces facteurs. En outre, la revue de la littérature et les analyses des données fournies par les évaluations comportementales réalisées en France ne permettent pas d’identifier les chiens appartenant aux deux catégories, comme étant plus agressifs que les individus n’appartenant pas à ces catégories, ainsi la catégorisation ne permettrait pas d’assurer, par la mise en œuvre de mesures spécifiques à ces races, une diminution des risques de morsure.

 

 

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Figure extraite de Anses, rapport relatif à l’évaluation du risque de morsure par les chiens (2015-Sa-0158) du 30 octobre 2020. Anses, Author provided

 

 

La formation et l’information de tous les acteurs adultes ou enfants, propriétaires ou non de chien, professionnels en contact avec les chiens, acteurs de santé publique sont indispensables pour réduire le risque de morsure. Pour les non professionnels, l’apprentissage d’une gestuelle adaptée et la capacité à reconnaître les signaux émis par les chiens serait un premier pas important pour la réduction du risque de morsure. La délivrance aux futurs propriétaires de conseils adaptés pour le respect des besoins et attentes du chien pour une éducation basée sur le renforcement positif est une base pour la prévention du risque de morsure.

 

Le rôle de l’évaluation comportementale, en cas de morsure ou sur demande spécifique du maire ou du préfet constitue un socle qui doit être renforcé. La mise place d’un observatoire des morsures permettrait l’acquisition et le partage d’une vision bien documentée du danger morsure, de générer des échanges et d’élaborer des messages ciblés afin de favoriser une gestion fine et adaptée.

 

Julie Chiron

 


 

Source :

https://theconversation.com/mieux-prevenir-les-risques-de-morsures-de-chiens-158454

 

Article :

Julie Chiron, Chef de projet évaluation des risques liés à la santé, l’alimentation et au bien-être des animaux, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) / The Conversation

 

Note : 

Article Licence Creative Commons / The Conversation

 

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