La Franc-maçonnerie et le Pouvoir : 1904, l’affaire des fiches du Grand Orient de France

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L’affaire des fiches, parfois appelée l’affaire des casseroles, est un scandale politique qui éclate en 1904 en France, sous la Troisième République. Il concerne une opération de fichage politique et religieux mise en place dans l’Armée française à l’initiative du général Louis André, ministre de la Guerre.

 


 

 

 

De 1900 à 1904, l’administration préfectorale, les loges maçonniques du Grand Orient de France et d’autres réseaux de renseignement établissent des fiches sur les officiers, qui sont transmises au cabinet du général André afin de décider de l’avancement hiérarchique et des décorations à attribuer. Ces documents secrets sont préférés par André aux notations officielles du commandement militaire ; ils lui permettent de mettre en place un système où l’avancement des officiers républicains, francs-maçons ou libre-penseurs est favorisé tandis que la carrière des militaires nationalistes et catholiques — conviction religieuse qui vaut, pour le Grand Orient et le cabinet d’André, hostilité à la République — est entravée, dans le but de s’assurer de la loyauté de l’armée au régime en place.

 

À leur arrivée au pouvoir en 1898, les républicains radicaux veulent laïciser la France en transformant notamment l’armée en un instrument du parti radical. Cette mainmise sur l’armée est rendue possible par le fichage des officiers, dans le but de favoriser l’avancement des républicains et des francs-maçons, au détriment des officiers catholiques. L’élaboration de ce fichier est décidée par le général André, ministre de la Guerre entre 1900 et 1904, et réalisée grâce au réseau franc-maçon ; indépendamment des notes attribuées par les supérieurs hiérarchiques.

 

Afin de républicaniser l’armée, le cabinet du ministre met à contribution toutes les « associations républicaines, de la franc-maçonnerie comme des autres » pour connaître les opinions politiques des officiers. L’objectif était clairement de favoriser la promotion des officiers attachés au régime et réciproquement de bloquer la promotion des officiers catholiques monarchistes. Pour ce faire, le ministère va d’abord faire appel aux préfets, à la Sûreté générale, voire à certains procureurs de la République pour obtenir des renseignements. Mais, très vite le recours au Grand Orient de France, qui dispose de loges dans toutes les villes de garnison, accélère la mise en fiche.

 

 

La collaboration du Grand-Orient de France

Avant sa nomination au ministère, le général Louis André avait déjà établi deux registres consacrés aux officiers qu’il côtoyait. Sur le premier, appelé Corinthe, étaient inscrits les anticléricaux, sur le second, appelé Carthage, étaient notés les cléricaux. Une fois au pouvoir, le général André souhaite donner de l’ampleur à son projet. Il commence par expurger son cabinet ministériel ; puis il remplace une grande partie des professeurs des écoles militaires par des républicains convaincus. Enfin, il signe un décret modifiant le système d’avancement des officiers : désormais, l’avancement au choix serait décidé directement au ministère, et non plus par des commissions internes. Devenu ainsi le seul maître de l’avancement des officiers, le général André pouvait mettre en œuvre son projet.

 

« Le 28 octobre 1904, à la Chambre, un député de droite, Jean Guyot de Villeneuve, prend longuement la parole. Tenant en main une liasse de documents, il révèle leur contenu : une correspondance entre le capitaine Mollin, membre du cabinet du ministre de la Guerre, le général André, et Narcisse Vadecart, le secrétaire général du Grand Orient. L’objet de ces lettres concerne l’avancement des militaires. Guyot de Villeneuve donne lecture de quelques fiches nominatives où sont consignées des informations sur les idées politiques des officiers, et sur leur attitude religieuse. Chaque fiche porte une recommandation sur la suite de leur carrière : à promouvoir, à barrer. Commence ce jour-là un des plus profonds scandales de la IIIe République, qui va coûter sa place à Émile Combes. Bien que les manuels d’histoire s’appesantissent rarement sur le sujet, les faits sont aujourd’hui connus. » Jean Sévilla, journaliste et écrivain (Historiquement incorrect, Fayard, 2011).

 

Le général Louis André avait choisi dans son entourage immédiat que des officiers issus des loges maçonniques. Par leur intermédiaire, il sollicita la collaboration du Grand-Orient de France afin que ses 400 loges réparties sur le territoire national lui servent de réseau de renseignement. L’ambition du ministre de la Guerre était de ficher l’ensemble des officiers de l’armée selon leurs opinions religieuses et politiques.

 

 

« Cléricafard » et « calotin pur-sang »

L’administration préfectorale participe également à ce fichage. Il apparaît rapidement que le moyen le plus efficace pour obtenir des renseignements sur les officiers était de demander à leurs frères d’armes francs-maçons de procéder aux enquêtes : ce fut la mise en place du réseau SOLMER. À la fin de l’année 1901, le Grand-Orient avait déjà transmis au ministre de la Guerre environ 3.000 fiches individuelles de renseignements. Ce système se poursuivit pendant plusieurs années. Ces fiches furent utilisées pour bloquer la carrière des cléricaux et favoriser celle des républicains.

 

Les renseignements collectés portaient principalement sur les opinions et pratiques religieuses, l’attitude politique, et le mode d’instruction des enfants. L’historien François Vindé a pu consulter des nombreuses fiches : « Clérical actif », « clérical très militant », « clérical nuisible » sont des expressions couramment utilisées. On trouve aussi des qualificatifs moins amènes : « cléricafard », « cléricanaille », ou encore « calotin pur-sang ».

 

 

« Sa femme s’occupe beaucoup d’œuvres pieuses »

Ces affirmations étaient ensuite confirmées par le signalement de la pratique religieuse de l’officier et de sa famille : « va à la messe assidûment », « se fait conduire en voiture avec sa femme aux offices », « a assisté à la messe de première communion de sa fille », « a fait bénir son logement par le curé de la paroisse », « s’est rendu ridicule il y a quatre ans en tombant à genou sur le passage d’une procession », « grand avaleur de bon Dieu ». Toutes les fiches des officiers pères de famille portaient mention de l’établissement scolaire de leurs enfants, pour vérifier s’ils étaient dans une école religieuse ou laïque.

 

L’investigation se poursuivait avec l’épouse : « sa femme s’occupe beaucoup d’œuvres pieuses » ; et on n’hésitait pas à enquêter sur la famille élargie ou la belle-famille. On s’intéressait également aux mœurs de l’officier et de son épouse. Les fiches louangeuses concernaient les officiers républicains et anticléricaux : « intelligent, ne se montre pas dans les églises », « excellent républicain, personne ne l’a jamais vu aller à l’église ».

 

 

La chute du gouvernement d’Émile Combes

Dans le courant de l’année 1904, les fuites à propos de ce système de fichage deviennent de plus en plus importantes. Et le 27 octobre, plusieurs journaux publient des dossiers détaillés révélant l’existence de milliers de fiches et la responsabilité du ministre de la Guerre dans leur établissement. Le lendemain, un député de la Ligue de la patrie française, Jean Guyot de Villeneuve, dénonce ce système de fichage. Pendant trois heures, à la tribune de la Chambre des députés, il lit les fiches et les dossiers qui lui avaient été remis par l’adjoint du secrétaire général du Grand-Orient, récemment converti au catholicisme. Louis André nie catégoriquement être au courant de cette opération de surveillance mais le 4 novembre, lors d’une autre séance, Guyot de Villeneuve apporte la preuve matérielle de son implication et de celle du président du Conseil, Emile Combes.

 

Le scandale est immense, les rebondissements et les révélations se succèdent pendant plusieurs mois. Jean Guyot de Villeneuve, pour maintenir la pression sur le gouvernement, communique au compte-goutte les fiches à la presse. Emile Combes refuse de sanctionner les fonctionnaires, officiers ou civils, qui avaient participé à ce système de délation et de violation de la vie privée. Son obstination eut finalement raison du gouvernement qui tombe au début de l’année 1905. Si le nouveau cabinet ministériel condamne officiellement le fichage et entreprend une politique d’apaisement, il refuse lui aussi de sanctionner les délateurs. Plus grave encore, il poursuit le système des fiches en s’appuyant désormais uniquement sur les renseignements fournis par les préfets.

 

Ce n’est qu’en 1913 que le nouveau ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, met fin à ce système. Pour la petite histoire, Millerand s’était publiquement indigné, en 1904, de ce fichage, ce qui lui avait valu d’être exclu de la franc-maçonnerie. Sur le plan militaire, l’affaire des fiches aura de lourdes conséquences dans un contexte de tensions internationales croissantes. La délation entre officiers détruisit l’esprit de corps et créa au sein de l’armée une ambiance délétère.

 

Pour Léon Daudet (Député de Paris de 1919 à 1924), ce fichage des officiers explique les premiers succès de l’offensive allemande en 1914 par l’incompétence de généraux promus en son temps par le général André selon des critères politiques. Pour contrecarrer les effets désastreux de ces nominations politiques, un tiers des officiers vont être limogés par le général Joffre entre août et décembre 1914. Allant dans ce sens, le futur maréchal Fayolle, confirme la nécessité des limogeages des généraux intervenus en 1914, dans ses Cahiers secrets de la Grande Guerre en raison de leur incompétence.

 

Pendant ces treize années de discriminations religieuses et politiques, de nombreux officiers obtinrent un avancement spectaculaire et injustifié, pendant que d’autres étaient écartés en dépit de leur valeur militaire. Un certain nombre d’officiers occupaient des postes qui, clairement, ne correspondaient pas à leur capacité. Pour les spécialistes d’histoire militaire, l’affaire des fiches explique en partie la promotion fulgurante de plusieurs dizaines d’officiers supérieurs, et le limogeage de plus de 150 généraux, dès les premiers mois de la guerre.

 


 

Ce fut le 28 octobre 1904 qu’éclata le scandale de l’affaire des fiches. Initiative du général André, alors ministre de la Guerre, cette affaire consista en un fichage politique et religieux au sein de l’armée française par des loges maçonniques du Grand Orient de France. C’est peut-être par dépit de n’avoir pas été nommé secrétaire général du Grand Orient de France que Jean-Baptiste Bidegain (Celui qui devint le « Judas du Grand Orient »), conscient de détenir une véritable bombe politique, rendit l’affaire publique.

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_André_(général)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Bidegain

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Orient_de_France

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_fiches_(France)

http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/41427_1

https://jeune-nation.com/kultur/histoire/28-octobre-1904-debut-de-laffaire-des-fiches

https://fr.aleteia.org/2021/01/05/en-1904-laffaire-des-fiches-ou-quand-la-surveillance-etatique-semballe/

https://web.archive.org/web/20151029024705/http://www.linternaute.com/histoire/jour/28/10/a/1/1/index.shtml

 

Article :

Thérèse Puppinck / Aleteia

Pierre Olivier / Jeune nation

L’Internaute

Wikipédia

 

Vidéo :

[1] Franc-maçonnerie – L’Affaire des fiches (1904)

Extrait du documentaire : Les Francs-maçons et le Pouvoir de Stéphane Khémis, Gabriel Le Bomin (2009)

 

Photo :

Pour illustration

 

Voir notamment :

La Franc-maçonnerie et les Politiques [Vidéos]

11 commentaires

    1. J’ai repris le texte mais la F-M a infiltré toutes les sphères de pouvoir et ce depuis bien longtemps (bien avant l’affaire des fiches) et elle (la F-M) y est toujours présente et plus active que jamais, y compris dans l’armée.

      Merci pour votre visite et commentaire.

      Aimé par 1 personne

  1. Je vous en prie. Vous avez raison, d’ailleurs François Hollande avait vendu la mèche en disant « qu’à un moment donné, il faut passer par la franc-maçonnerie. »

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      1. C’est moi qui vous remercie car ces derniers il m’est très difficile de publier de façon régulière. Lorsque certains problèmes informatiques sont réglés, se sont d’autres qui font surfaces ; et cela est vraiment ‘handicapant’ pour faire un travail correct.

        Aimé par 1 personne

  2. Bonjour Eric heureuse de pouvoir te relire!! J’espère que tu vas bien.
    Chez moi il fait soleil, alors je t’envoie quelques rayons.
    Belle et douce journée!!

    J'aime

    1. Bonjour Dina,

      Merci pour ton commentaire.

      Je te cite : « heureuse de pouvoir te relire!! »,
      …Je te remercie beaucoup mais je t’avouerai que cela est très fastidieux car mon PC et quelques logiciels continuent de bugguer. Il m’est donc très difficile de publier un article sans que mon PC crash ou que certains logiciels plantent. Dans les deux cas de figures, je suis obligé de redémarrer mon ordinateur.

      Je suis toujours dans l’attente des correctifs de la part de Microsoft et autres sociétés de software.

      J’étais sur Windows 10 et mon ordinateur a très mal validé la mise à jour vers Windows 11.

      Pour : « Chez moi il fait soleil, alors je t’envoie quelques rayons. »,
      …Je te remercie car j’en ai grandement besoin.

      Je te souhaite une très bonne journée Dina et encore un très grand merci pour ta fidélité à mon blog malgré les problèmes rencontrés.

      Eric

      Aimé par 1 personne

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