Taïwan : Comment la guerre pourrait éclater avec la Chine ? – Grand Angle et Géopolitis

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Synopsis vidéo 1 :

Le mélodrame diplomatique du rappel par l’état français des ambassadeurs américains et australien qui répond à la rupture de ce qu’il est convenu d’appeler le « contrat du siècle », cette commande de sous-marins français par l’Australie, ne doit pas occulter le bras de fer qui se joue en ce moment même bien loin du bruit médiatique et des annonces tonitruantes effectuées depuis les ors des bureaux diplomatiques internationaux.

 

La réalité des alliances géostratégiques pourrait vous emmener directement faire trempette en mer de Chine, juste à temps pour assister à la signature d’un vaste partenariat de sécurité réunissant à la fois les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni visant à protéger la zone indo-pacifique.

 

Comment les Chinois, la deuxième puissance économique du monde, gèrent-ils les conflits lorsqu’ils interviennent dans ce qu’ils considèrent comme leur chasse gardée ?

 


 

 

 

Les relations entre la Chine et Taïwan se sont enflammées pendant le mois d’octobre, Pékin envoyant des dizaines d’avions de chasse pour faire pression sur l’île qu’il considère comme sa province.

 

« Pour l’armée [taïwanaise], la situation actuelle est la plus sombre depuis plus de quarante ans. » Cette déclaration du ministre de la Défense taïwanais devant le Parlement de l’île, mercredi 6 octobre, témoigne de l’état dramatique des relations entre le territoire de 23 millions d’habitants et son gigantesque voisin, la République populaire de Chine. Manœuvres militaires, déclarations incendiaires... Depuis le début du mois, l’escalade des tensions entre Pékin et Taipei, suivie de près par la communauté internationale, fait planer le spectre d’une éventuelle guerre ouverte. Comment en est-on arrivé là ?

 

 

Que s’est-il passé ces dernières semaines ?

Dimanche 10 octobre, jour de Fête nationale à Taïwan, les avions de chasse étaient de sortie dans le ciel de l’île. Mais pas seulement pour une parade aérienne : ils se tenaient prêts à répondre à l’arrivée de dizaines d’avions de guerre chinois dans la zone d’identification et de défense aérienne (Adiz) de l’île, un périmètre commençant à 200 km des côtes. Ces incursions chinoises n’ont cessé de se multiplier en 2021, avec plus de 700 appareils envoyés depuis janvier, contre 380 l’année précédente, selon le ministère de la Défense taïwanais (qui publie ces données depuis 2020).

 

Début octobre, pas moins de 149 vols ont traversé l’Adiz en quatre jours. « Ces sorties n’ont rien d’illégal », rappelle Antoine Bondaz, responsable du programme Taïwan à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), interrogé par franceinfo. D’ailleurs, aucun avion chinois n’est entré dans l’espace aérien de l’île à proprement parler.

 

Mais ces incursions ont suscité l’inquiétude de Taipei. Les responsables taïwanais ont vu dans cette démonstration de force de Pékin, qui considère l’île comme une de ses provinces historiques, une tentative de faire pression sur le territoire. « Taïwan ne s’inclinera pas », a répondu sa présidente Tsai Ing-wen dimanche 10 octobre, ajoutant que son île « continuera de renforcer ses défenses pour garantir que personne ne puisse [la] forcer (…) à accepter la voie tracée par la Chine ». Son homologue chinois Xi Jinping a martelé, lui, que « nul ne doit sous-estimer la forte détermination du peuple chinois à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale [de la Chine]. »

 

 

Ces tensions entre la Chine et Taïwan sont-elles nouvelles ?

Loin de là : elles remontent à 1949, lorsque les communistes menés par Mao Zedong se sont emparés du pouvoir à Pékin. Renversant le gouvernement du parti nationaliste Kuomintang, à la tête du pays depuis 1912, ils ont proclamé la République populaire de Chine. L’exécutif déchu s’est, lui, exilé sur l’île de Taïwan et y a installé la République de Chine (ROC, en anglais). Les deux gouvernements ont alors chacun affirmé être le seul pouvoir légitime.

 

Soixante-dix ans plus tard, la question reste sensible pour Pékin. A ses yeux, Taïwan (qui ne revendique plus le contrôle de tout le territoire chinois) n’est pas un Etat indépendant. Le gouvernement chinois considère l’île comme une province séparatiste qui doit être réintégrée au régime communiste, qu’elle le veuille ou non.

 

A l’international, le statut de Taïwan reste flou : la ROC ne siège plus à l’ONU depuis 1971, rappelle Le Figaro. Et son existence n’est reconnue que par 15 petits pays, selon Le Monde. Mais « Taïwan a dans les faits toutes les caractéristiques d’un Etat », souligne Françoise Mengin, directrice de recherche au CERI Sciences Po. C’est un territoire délimité, où habite une population gouvernée par un pouvoir politique autonome. Elle est aujourd’hui une démocratie, la 21e économie mondiale selon le Fonds monétaire international, et elle entretient des relations quasi-diplomatiques avec de très nombreux pays à travers des « bureaux de représentation ».

 

« Plus de la moitié de la population de l’île se considère comme taïwanaise, pas chinoise », complète Jui-Min Hung, chercheur à l’Institut taïwanais de recherche sur la sécurité et la défense nationale, contacté par franceinfo. « Mais la majorité préfère le statu quo, par peur de la réaction de la Chine si le territoire proclamait son indépendance. »

 

 

Pourquoi Pékin montre-t-elle les muscles ?

Plusieurs événements ont fait monter la tension. Fin septembre, Taipei a demandé à intégrer un traité de libre-échange asiatique, le CPTPP. Mais ce type d’accord n’inclut habituellement que des Etats reconnus. Depuis plusieurs mois, comme le rappelle France Inter, des représentants du monde entier appellent par ailleurs à intégrer Taïwan au sein de l’Organisation mondiale de la santé, en tant qu’observateur. Principal argument en faveur de l’île : son succès à contenir la pandémie de Covid-19, avec à peine plus de 16 000 cas confirmés depuis le début de la crise sanitaire, selon les chiffres d’Our World in Data.

 

Pour la Chine, qui souhaite s’affirmer face à la présence croissante du Japon et des Etats-Unis dans l’océan Pacifique, tout cela serait un premier pas vers la reconnaissance de la souveraineté de Taipei. Pékin s’oppose donc à ces demandes, estimant que ce conflit est une affaire interne qui ne concerne pas l’étranger.

 

Ces crispations s’inscrivent en outre dans la continuité de la victoire de Tsai Ing-wen à la présidentielle taïwanaise, en 2016. La dirigeante du Parti démocrate progressiste (DPP) défend « l’identité nationale » de l’île et réclame un dialogue « d’égal à égal » avec la Chine. Depuis son élection, Pékin multiplie d’ailleurs les pressions pour dissuader les Taïwanais de soutenir l’indépendance.

 

 

Comment la communauté internationale a-t-elle réagi aux intrusions ?

Dès le 3 octobre, les Etats-Unis se sont dits « très inquiets » des « provocations militaires » de la Chine, jugées « déstabilisatrices » pour la « paix et la stabilité régionales ». L’Union européenne et Paris n’ont pas réagi officiellement mais, selon RFI, un groupe de sénateurs français est arrivé à Taïwan mercredi 6 octobre. Politico rapporte également que le ministre des Affaires étrangères taïwanais a entamé une tournée européenne, malgré les protestations de la Chine.

 

Au fil des semaines, les soutiens de la communauté internationale à Taipei se sont multipliés, suscitant la colère de Pékin. Joe Biden a garanti que son pays a « un engagement » à intervenir militairement en cas d’attaque chinoise sur Taïwan. Une sortie qui survient alors que les relations sino-américaines continuent de se dégrader, dans la continuité du mandat de Donald Trump. Washington a aussi recommandé d’inclure davantage Taipei dans les institutions internationales, quand le Parlement européen a appelé l’UE à nouer des liens plus étroits avec elle.

 

 

Situation géopolitique : juin 2021

 

 

Que viennent faire les Etats-Unis dans cette histoire ?

Début octobre, Taipei et Washington ont confirmé la présence de soldats américains sur l’île, pour former discrètement son armée. Mais l’entente entre les Etats-Unis et Taïwan est bien plus ancienne. Les Américains soutenaient le régime du Kuomintang après la Seconde guerre mondiale, d’abord en tant qu’ancien allié puis pour lutter contre le régime communiste en place à Pékin, dans le contexte de la Guerre froide.

 

Au cours des années 1970, cet appui est devenu hésitant face au poids économique et démographique croissant de la Chine. En 1979, les Etats-Unis ont donc changé de politique, considérant que les deux territoires ne forment qu’un seul pays et que Pékin est son gouvernement légitime. En parallèle, le Congrès s’est tout de même engagé à fournir à l’île les moyens de se défendre en cas d’agression. Jusqu’ici, Washington ne promettait pas d’intervention militaire directe, pour dissuader la Chine d’agir. Les récentes déclarations de Joe Biden sont donc « la fin d’un tabou », estime le politologue Antoine Bondaz. Cette évolution est motivée par plusieurs raisons stratégiques, souligne Françoise Mengin.

 

« Si la Chine s’emparait de Taïwan, elle contrôlerait le détroit par lequel passe l’approvisionnement énergétique du Japon et de la Corée du Sud. Elle obtiendrait également un accès direct à l’océan Pacifique. », Françoise Mengin, directrice de recherche au CERI à franceinfo.

 

En cas d’invasion chinoise à Taïwan, « les Etats-Unis perdraient en crédibilité auprès de leurs alliés », ajoute le chercheur Jui-Min Hung. Mais Washington reste prudent. « Les Américains n’ont pas envie d’être entraînés dans une guerre », analyse Antoine Bondaz.

 

 

La Chine prépare-t-elle une invasion ?

Les actions de Pékin ne sont pas rassurantes. D’abord car les avions chinois peuvent cartographier les systèmes de défense taïwanais. Avec les incursions de ces appareils (dont un bombardier à capacité nucléaire), Pékin peut tester les réactions de l’île, user son matériel et son moral en la maintenant en alerte, de jour comme de nuit. « Autant de préparatifs pour une guerre », juge Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS, interrogé par franceinfo.

 

Multiplier les incursions, c’est multiplier les risques d’un accident entre avions chinois et taïwanais qui pourrait allumer la mèche. Et l’absence de communication entre les deux camps favorise l’escalade, juge le chercheur taïwanais Jui-Min Hung.

 

« On ne sait pas ce que l’autre pense, on peut mal interpréter ses actions. », Jui-Min Hung, chercheur à l’Institut taïwanais de recherche sur la sécurité et la défense nationale à franceinfo.

 

Les responsables taïwanais en sont persuadés : Pékin pourrait envahir Taïwan d’ici 2025. « La Chine a considérablement amélioré ses missiles balistiques et ses capacités de débarquement amphibie », appuie Antoine Bondaz. Et si Xi Jinping a appelé en octobre à une réunification « pacifique », il précisait en 2019 que la force restait une option.

 

Pas sûr, pour autant, que le régime soit prêt à un conflit ouvert. « L’armée chinoise n’a pas combattu depuis plus de 40 ans », relève le politologue Jean-Pierre Cabestan, qui ajoute que les troupes sont encore trop peu nombreuses pour lancer une invasion. Pour les spécialistes interrogés par franceinfo, la population chinoise ne serait en outre pas prête à supporter les coûts humains et économiques d’une guerre. « Le scénario privilégié par Pékin a toujours été de faire capituler Taïwan sous la pression », résume Antoine Bondaz.

 

 

Quelles seraient les conséquences d’un conflit ouvert ?

Elles restent difficiles à anticiper. Les simulations organisées par le Pentagone donnent Taïwan perdant en cas de guerre, même avec l’aide américaine. Il faut dire que l’armée de l’île est en mauvais état : soldats peu nombreux et sous-entraînés, sous-investissement chronique… Mais elle se redresse et le budget de défense devrait atteindre un record de 15,1 milliards de dollars en 2022, selon le Wall Street Journal.

 

Un éventuel conflit ne se limiterait toutefois pas à Taïwan. Comme l’ont déclaré Joe Biden et Tsai Ing-wen, les Etats-Unis participeraient certainement à la défense de l’île. Leurs partenaires au sein de l’Otan seraient à leur tour obligés de se positionner. Bien que la possibilité d’un affrontement ouvert reste faible, la situation pourrait donc encore s’envenimer, alerte Jean-Pierre Cabestan.

 

« Il y a un risque d’escalade et de nucléarisation du conflit. Si la Chine attaque, c’est le début de la Troisième guerre mondiale. », Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS à franceinfo.

 

Les effets d’une invasion chinoise sur l’économie et l’industrie mondiales seraient en outre dévastateurs. « Difficile de ne pas envisager des sanctions économiques contre la Chine », imagine Jean-Pierre Cabestan. Or, celle-ci est aujourd’hui au centre des chaînes de production mondiales. De son côté, Taïwan est le premier producteur de semi-conducteurs, ces puces électroniques dont la pénurie paralyse déjà de nombreux secteurs.

 


 

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Au sommaire :

  • La tension militaire s’intensifie dans le détroit de Taïwan.

 

  • Lionel Fatton : « Si la Chine et les États-Unis doivent entrer en guerre, ce sera sur Taïwan ».

 

  • Taïwan, grand leader dans la fabrication des puces électroniques.

 

  • Lionel Fatton : « Plus Taïwan sera visible, plus il sera coûteux à la Chine de déclencher un conflit ».

 

  • Pékin s’inquiète du déclin démographique chinois, le point avec notre correspondant Michael Peuker.

 

  • Le 21 février 1972, la visite de Richard Nixon en Chine

 


 

Synopsis vidéo 2 :

Invité : Lionel Fatton, Webster University Genève

 

« Taïwan, l’endroit le plus dangereux au monde », titrait récemment l’influent magazine britannique The Economist. Alarmiste, tout comme James Stavridis, ancien officier de l’US Navy et commandant des forces indo-pacifiques, qui redoute même le début d’une Troisième Guerre mondiale autour de l’île de Taïwan. Dans son livre « 2034 », l’amiral imagine comme déclencheur l’assaut d’un destroyer chinois sur un navire de combat américain. Scénario qu’il juge « très probable » et qui pourrait se concrétiser « bien avant 2034 ». Avec l’escalade des tensions dans le Pacifique, les états-majors des deux superpuissances se préparent au pire.

 

La Une de The Economist est « un joli coup marketing qui a créé beaucoup de discussions », ironise d’emblée Lionel Fatton, spécialiste de la région et professeur assistant à la Webster University de Genève. Selon lui, l’endroit le plus dangereux du monde est plus à chercher du côté du « Yémen, du Sahel ou de la Syrie ». Néanmoins, il concède que « si la Chine et les États-Unis doivent entrer en guerre, ce sera certainement sur Taïwan ».

 

La région Asie-Pacifique est aujourd’hui la zone la plus militarisée au monde. Les États-Unis renforcent sans cesse leurs contingents militaires sur place, rejoints par des navires de guerre français. Taipei agrandit son arsenal, notamment grâce à son puissant allié américain, ce qui provoque la colère de Pékin. Depuis le début de l’année, près de 300 avions de combat chinois dont des bombardiers lourds ont fait bourdonner les radars de la défense taïwanaise, en franchissant la limite au-dessus du détroit qui sépare Taïwan de la Chine continentale.

 

Face à Taïwan, l’armée chinoise affiche une supériorité numérique sur terre comme sur mer, et même face à la flotte américaine. La marine chinoise revendique 360 navires de guerre, contre 300 pour l’US Navy qui garde tout de même l’avantage concernant les sous-marins et les porte-avions. Mais pour Lionel Fatton, en dépit de cette puissance militaire croissante chinoise, « il est assez peu probable que la Chine, sans être provoquée, essaie d’envahir Taïwan. » « Ce serait beaucoup trop coûteux », dit-il, en soulignant que l’armée chinoise « est encore en processus de modernisation ». Il pointe aussi la particularité géographique de Taïwan, entourée de falaises. Un assaut direct sur l’île nécessiterait des moyens militaires considérables et très sophistiqués. Sans oublier « le risque de l’intervention américaine ».

 

En guise de mise en garde, Pékin pourrait plutôt envisager l’annexion d’autres territoires insulaires contrôlés par Taïwan, selon lui, comme la petite île de Kinmen, très proche du territoire continental chinois.

 

« La seule raison pour laquelle la Chine pourrait envahir Taïwan et avoir un conflit ouvert avec l’île serait une déclaration d’indépendance officielle de Taïwan », poursuit le chercheur.

 


 

Résumé :

Pendant le mois d’octobre, un très grand nombre d’avions de guerre chinois ont été envoyés près de Taïwan. Ces manœuvres d’intimidation s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes entre Pékin et Taipei, depuis 2016. La Chine considère que l’île est une province séparatiste et souhaite la récupérer dans son giron, de gré ou de force. Ce conflit remonte à 1949, quand les communistes de Mao Zedong ont renversé le régime nationaliste chinois, qui s’est réfugié à Taïwan.

 

Désormais, le territoire a tous les attributs d’une démocratie souveraine et prospère sans être reconnu comme tel. Les Etats-Unis sont depuis longtemps engagés pour sa défense, en dépit des protestations de Pékin avec qui les relations sont au plus bas.

 

Malgré ces tensions croissantes, il est difficile de savoir si la Chine se prépare à la guerre ouverte avec l’île. Si tel était le cas, certains observateurs redoutent une escalade internationale du conflit, ainsi que des conséquences dévastatrices sur l’économie mondiale.

 


 

Source :

https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/larticle-a-lire-pour-tout-comprendre-aux-tensions-entre-la-chine-et-taiwan_4823717.html

 

Article :

Luc Chagnon / France Tv Info

 

Vidéo :

[1] Taïwan : Comment la guerre pourrait éclater avec la Chine ? – Grand Angle / YouTube

[2] Taïwan, scénarios de guerre – Géopolitis / YouTube

 

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Pour illustration

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