L’enfer des punaises de lit : tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur cet insecte hématophage

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Si les punaises de lit avaient disparu dans les années 50 en France, la recrudescence de ces insectes sur le territoire national est une réalité

 

En France, le nombre d’habitations infestées par les punaises de lit a doublé en 2 ans (2019). Et tout le monde peut être touché…

 

« N’importe qui peut contracter des punaises de lit et les ramener à son domicile. Il faut évacuer l’idée reçue que c’est associé à la mauvaise hygiène. »

 


 

 

 

Les insectes pourraient bien sauver le monde… Mais, il faut le reconnaître, certains nous le compliquent un peu … Parmi eux, la palme revient peut-être à la punaise des lits ce compagnon grand voyageur de nos habitations et voitures-lits, qui après des décennies de tranquillité, revient nous déranger sérieusement.

 

Ces insectes indélicats ne font pas de différence dans la qualité des habitations et s’installent partout, des hôtels de luxe aux hôpitaux, HLM et quartiers bourgeois. Suivant la plus grande partie des populations humaines modernes, ces punaises préfèrent désormais la ville.

 

 

 

 

Les punaises des lits s’invitent même à l’Assemblée nationale. Si les matelas de nos élus ne sont pas encore envahis, des députés de la France insoumise viennent de lancer une campagne pour que l’infestation de ces indélicats soient reconnue comme un problème de santé publique et demandent un encadrement des tarifs des entreprises de désinsectisation.

 


 

Qu’est-ce qui explique ce retour et ce succès dans tous nos habitats ?

 

Quelles solutions pour s’en débarrasser ?

 

Leur biologie explique-t-elle leur succès ?

 

Au-delà de nos craintes et phobies, quel est l’impact véritable de ces hématophages ?

 


 

Que nous veulent-elles ?

Insecte hématophage, la punaise des lits (Cimex lectularius) est un petit insecte hémiptère de 6 mm doté de grandes capacités sensorielles pour détecter ses proies dans le noir ou la pénombre. Sa biologie est celle d’un parasite externe : grande fécondité (de 200 à 500 œufs par femelle), capacité de résister à la privation de nourriture (plus de trois mois sans se nourrir, voire plus), perte des ailes mais capacité à être transporté : vêtements, meubles, bagages, etc… pour se nourrir exclusivement de sang. Autre particularité qui peut expliquer leur succès, les mâles, plutôt agressifs, pratiquent un curieux mode de reproduction en injectant directement les spermatozoïdes dans le l’abdomen de la femelle avec un organe-seringue, sans passer par les voies génitales, que l’on appelle l’insémination traumatique. Pour retrouver les femelles et plus largement leur congénères (et se regrouper), elles possèdent une écologie chimique très efficace (dont une odeur que nous pouvons sentir).

 

Les repas de sang sont nécessaires pour les larves pour boucler leur développement et pour les adultes pour se reproduire et pondre. La piqûre, associée à une salive avec diverses propriétés, provoque des démangeaisons et des allergies, et quelquefois des phobies sociales. Mais rassurez-vous : malgré un nombre d’insectes pouvant être localement important, voire impressionnant, leur petite taille n’impacte qu’exceptionnellement la qualité du sang de leur hôte (pas de risque d’anémie).

 

Du fait de son compagnonnage avec l’homme, la punaise des lits est l’un des animaux très largement répandu dans le monde entier. Il peut vivre aux latitudes polaires (stations, bases, etc.), aux altitudes élevées (refuges, camps), dans les déserts, et… partout ailleurs.

 

Sous les tropiques, une deuxième espèce prolifère : Cimex hemipterus, même mode de vie, même appétit pour l’humain.

 

 

Bien au chaud, dans la grotte…

Mais pourquoi donc ce satané insecte nous « aime » -t-il tant ?

 

Hémiptère Hétéroptère de la famille des Cimicidae, cette punaise hématophage stricte ne peut se nourrir que sur des hôtes mammifères à sang chaud. Elle est pourvue de pièces buccales transformées pour piquer à travers les téguments de son hôte qu’elle approche dans leurs nids ou leurs gîtes. Toutes les espèces de cette famille (une centaine dans le monde) ont cette biologie d’hématophages et vivent aux dépens d’hôte divers, oiseaux ou mammifères comme les chauves-souris, dans leurs nids ou des habitats particuliers comme les grottes.

 

C’est là qu’intervient le climat. Les premières populations humaines modernes ont dû faire face à plusieurs glaciations des parties tempérées de notre planète (la dernière en Europe remonte de -115 000 à -10 000 ans) et ont utilisé l’habitat cavernicole partout où cela était possible. Vivaient alors un peu partout des Cimicidae et autres parasites des chauves-souris, autres mammifères et oiseaux troglophiles.

 

On pense donc que c’est dans cet habitat refuge que le compagnonnage avec l’humain s’est établi. Les populations humaines ont commencé à emporter avec eux cette espèce lors de leurs déplacements puis dans leurs habitats extérieurs, et une véritable domestication (un commensalisme pour être précis) s’est mise en place.

 

C’est encore une hypothèse, mais qui commence à être étayée par les résultats de la génétique des populations actuelles : deux lignées de punaises cohabiteraient, l’une inféodée aux chauves-souris, l’autre à l’homme. C’est la marque d’une microévolution qui n’est pas allée jusqu’à son terme : l’apparition de deux espèces différentes.

 

Indice supplémentaire, on commence à trouver des preuves archéologiques de la présence des Cimicidae auprès des premiers humains. Sinon, le premier Cimicidae connu a été retrouvé dans de l’ambre de Birmanie (environ 99 millions d’années) et possédait, lui, des ailes.

 

Cette relative « longue » histoire n’en est peut-être qu’à ces débuts car il semblerait qu’il n’y ait pas eu encore d’adaptation de pathogènes humains à ce « nouveau » vecteur. Il s’agit là d’un problème crucial : si jamais des pathogènes (virus, bactéries) étaient transmis aux humains par le biais des punaises, alors il ne s’agirait plus seulement de piqûres, certes très désagréables mais pas très dangereuses. Que nous réserve l’avenir à ce sujet ?

 

 

 

 

Pourquoi ce retour ?

Les punaises de lits ont été bien contrôlées pendant le 20ème siècle grâce à l’utilisation des insecticides de synthèse, associée à l’amélioration des conditions de vie dans les habitats. Leur retour serait lié au phénomène de la résistance à ces insecticides. Refugiées dans quelques zones adéquates, les punaises ayant progressivement acquis cette résistance ont pu refonder des populations et repartent à la conquête de leurs anciens territoires. Un mouvement amplifié par l’accroissement des voyages. Le manque d’information, du au problème psychologique et social que représente une infestation par les punaises des lits est une limitation à leur éradication (par exemple entre propriétaire et locataire, hôtelier et clients, etc.).

 

 

Les nouvelles stratégies de lutte

Elles sont en plein développement, y compris de nouveaux insecticides « biologiques ».

 

La détection est la première étape et la discrétion de ces insectes fait que l’on recourt quelquefois à des chiens dressés spécialement. Ils permettent d’identifier les refuges domestiques (en général dans les chambres à coucher, autour des lits, etc.).

 

Le lavage à 60° minimum, la congélation, la chaleur au-dessus de 45° (par exemple lors du repassage des vêtements) sont des méthodes à utiliser. Pareil pour les meubles, si c’est possible. Il existe aussi des méthodes traditionnelles : par exemple, certaines plantes collantes sont utilisées comme adhésif pour piéger les insectes et l’on sait que les substances poudreuses (farine, diatomite, etc.) les repoussent. Un lit avec ses quatre pieds dans de la farine est ainsi protégé, mais les punaises peuvent se laisser tomber du plafond…

 

Dans tous les cas, des combinaisons de méthodes permettant la détection précoce, la rupture trophique (empêcher que les punaises se nourrissent et finissent par mourir de faim) et divers traitements sont à utiliser. Mais la punaise de lit est rusée : elle peut « hiberner » (processus de diapause à basse température, à partir de 16 °C) qui permet aux punaises adultes d’attendre des lendemains meilleurs.

 

Quant à la lutte biologique, elle semble complexe à mettre en œuvre. En effet, il semble délicat de lâcher des insectes et autres habitants des maisons comme les araignées, scolopendres, psoques, punaise réduve masquée… pour lutter contre les punaises des lits, malgré leur efficacité avérée.

 

Vous l’aurez compris, les punaises de lits ne sont pas des compagnons sympathiques mais pour l’instant, ils ne sont pas des vecteurs de maladies graves. Mais c’est une situation qui pourrait changer et il vaut envisager de mieux lutter contre ces hôtes indésirables. Un dernier élément pour, quand même, leur trouver quelque utilité : la police scientifique pourrait en effet les utiliser dans les enquêtes criminelles. L’ADN humain peut persister jusqu’à 90 jours après un repas de sang. La punaise de lit rejoindrait alors les Experts et une nouvelle branche des sciences forensiques, « l’hématophagie forensique » naîtrait…

 

Romain Garrouste, chercheur de l’ISYEB

 


 

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Qu’est-ce qui attire le plus les punaises de lit ?

Pourquoi les punaises de lit viennent vous piquer ?

 

Ndlr : Ne pas tenir compte du caractère publicitaire en fin de vidéo.

 


 

Informations à retenir

 

 

 

-. Au début du 21ème siècle, certaines espèces de punaises semblent de nouveau proliférer en France, y compris dans des hôtels, hôpitaux ou maisons de retraite.

 

-. Elles peuvent survivre sans manger jusqu’à un an et demi, voire deux ans dans de bonnes conditions.

 

-. Entre 2016 et 2020 plus de 4,7 millions des Français ont été infestés par des punaises de lit soit 7 % de la population.

 

-. Une étude réalisée en 2021 par la société Ipsos révèle des chiffres étonnants. Pas moins de 7 % des Français déclarent avoir été touchés par ces indésirables au cours des cinq dernières années : 1.2 million de Français infectés en 2020 contre 865.000 en 2016.

 

-. Chacun peut être concerné, donc, mais l’infestation est un véritable enfer. Une personne dont le foyer est infesté peut en effet se faire piquer jusqu’à 500 fois par nuit.

 

-. En cas de doute sur la présence de punaise de lit, le 0806 706 806 répond à toutes les questions (numéro gris ouvert par le ministère de la Transition écologique).

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Punaise_des_lits

https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A13859

https://www.ecologie.gouv.fr/punaises-lit-letat-vous-accompagne

https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/punaises-lit/definition-symptomes-signes-infestation

https://www.ipsos.com/fr-fr/47-millions-de-francais-ont-ete-confrontes-des-punaises-de-lit-depuis-2016

https://www.sciencesetavenir.fr/vie-pratique/les-punaises-de-lit-un-phenomene-qui-prend-de-l-ampleur-en-france_153446

https://theconversation.com/en-direct-des-especes-tout-ce-que-vous-navez-jamais-voulu-savoir-sur-la-punaise-des-lits-88362

https://www.leparisien.fr/societe/punaises-de-lit-la-carte-de-france-des-consultations-chez-le-medecin-28-07-2020-8359869.php

 

Article :

Romain Garrouste, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (UMR 7205 MNHN-CNRS-UPMC-EPHE-Univ. Antilles), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) / The Conversation

Publié : le 11 décembre 2017

 

Note : 

Licence Creative Commons / The Conversation

Cet article est publié en collaboration avec les chercheurs de l’ISYEB (Institut de systématique, évolution, biodiversité, Muséum national d’Histoire naturelle, Sorbonne Universités).

 

Vidéo :

[1] L’enfer des punaises de lit – Brut / YouTube

[2] Qu’est-ce-qui attire les punaises de lit ? Pourquoi les punaises de lit viennent vous piquer ? – Soluty anti-nuisibles / YouTube

 

Photo :

Pour illustration

 

Voir notamment sur les punaises de lit :

L’enfer des punaises de lit [Vidéos]