Surchauffe urbaine : « Le triangle de la mort, c’est béton, pierre et asphalte », Tangui Le Dantec, Professeur à l’ESAJ

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Quasi 60 degrés sur le bitume de la place de l’opéra à Paris. Quelques dizaines de mètres plus loin : 23 degrés. Sous les feuillages, l’ombre n’explique pas à elle seule cette différence. Les arbres ne se contentent pas de masquer les rayons du Soleil, ils produisent de la fraicheur, grâce à leur mécanisme d’évapotranspiration.

 

En pleine canicule, prendre la température du bitume en plein Soleil, et celle d’un trottoir à l’ombre… Quelle idée ? On se doute bien du résultat. Au soleil, il fait chaud, à l’ombre il fait frais. C’est pourtant une véritable leçon que délivre Tangui Le Dantec, cofondateur de l’association « Aux Arbres Citoyens ». Ce professeur à « École Supérieure d’Architecture des Jardins » (ESAJ) se promène dans les rues de Paris et réalise des mesures précises avec son thermomètre à infrarouge.

 

Son objectif : démontrer l’importance des arbres dans la lutte contre les effets de surchauffe urbaine. Et vous allez le voir, les résultats sont éloquents.

 

Nous avons convenu d’un rendez-vous dans un des endroits les plus minéralisés de Paris, le IXe arrondissement. « Un environnement très hostile : c’est l’arrondissement où il y a le moins d’arbres par habitant », explique le membre de l’association. La place de l’Opéra, ce gigantesque carrefour… Et en effet, ici, pas un arbre à l’horizon. Là où d’habitude les touristes se contorsionnent pour tenter de faire une image sans badauds sur leur photo, ce jour-là, l’endroit, un des plus connu de Paris est… Vide. Enfin presque, un couple se protège du Soleil en portant des sacs à hauteur de visages et une femme transporte un carton contenant un ventilateur… « Je n’avais jamais vu les marches du palais vides comme ça ! » lance Sylvain, surpris, à ses copains venus visiter la capitale. Pas de doute, il fait (très) chaud.

 

Tangui dégaine son thermomètre. Le bitume chauffe très fort. Quasi 60 degrés.

 

« L’air est aux alentours de 35-36 degrés », rappelle-t-il. « Pourtant les températures en surface sont tellement élevées qu’on pourrait faire cuire un œuf. Quelqu’un qui s’allongerait sur les marches ne survivrait pas plus d’une heure ici. »

 

Le problème c’est que cette chaleur emmagasinée par les matériaux ne se contente pas de rester sur les surfaces mais rayonne tout autour augmentant ainsi la température dans la zone. C’est le phénomène d’îlots de chaleur urbains, ou de surchauffe urbaine. Et plus l’épisode de chaleur dure, plus les matériaux emmagasinent de la chaleur et la restituent, empêchant les températures de baisser. Les coupables ?

 

  • L’asphalte.
  • Le béton.
  • La pierre.

 

« Le triangle de la mort » selon l’expression consacrée par Tangui Le Dantec.

 

 

La solution à cet emballement subie par les villes ?

« Les arbres ! », martèle le militant, « grâce à l’évapotranspiration. C’est la transformation de l’eau contenue dans le sol en vapeur d’eau. C’est ça qui rafraîchit les villes. ». Et plus les arbres sont vieux et donc gros, plus ce pouvoir réfrigérant est important. On estime même qu’un arbre adulte de grande taille transpire 1 000 litres d’eau par jour, soit un effet plus puissant que tous les climatiseurs d’une même rue. En effet à quelques dizaines de mètres de la place de l’Opéra, sous les arbres du boulevard des Capucines, le thermomètre indique 23,7 degrés.

 

Place de la Bastille, Tangui Le Dantec a justement mesuré la différence de températures du sol à l’ombre des arbres en fonction de leurs tailles : « 34 degrés pour un arbre à peine planté, entre 28-31 pour un arbre bien installé et 26-28 pour l’ombre d’un arbre centenaire ». « Contre le réchauffement climatique, c’est donc maintenant qu’il faut agir », s’exclame Tangui Le Dantec. « On n’a pas le temps d’attendre que de nouveaux arbres grandissent. Il faut préserver les arbres adultes tout de suite. Ça devrait être une priorité de toutes les municipalités en France ».

 

Yann Foreix, Reporter

 


 

Source :

https://www.leparisien.fr/video/video-surchauffe-dans-les-villes-le-triangle-de-la-mort-cest-beton-pierre-et-asphalte-15-07-2022-D2FGOISZMFCQ3NE34ZN75C7YRE.php

 

Article :

Yann Foreix, reporter / Le Parisien

 

Vidéo :

[1] Surchauffe dans les villes : «Le triangle de la mort, c’est béton, pierre et asphalte» – Le Parisien / YouTube

 

Photo :

Pour illustration

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